Course à pied

Moins de femmes que d'hommes courent le marathon? Le poids des stéréotypes

Sur la ligne de départ du marathon de Genève qui se tient dimanche 12 mai, il n’y aura qu’un quart de femmes. Un paradoxe alors que les «runneuses» sont en majorité sur les épreuves plus courtes

A défaut de prédire l’identité du vainqueur du marathon de Genève, qui se court ce dimanche, on peut s’avancer sur un point: il y aura davantage d’hommes que de femmes à l’arrivée des 42,195 kilomètres de l’épreuve.

C’est un paradoxe. En Suisse, comme en France, les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer la course à pied. Mais leur nombre augmente très peu sur la distance reine des courses d’endurance: le marathon. A Paris, comme à Genève, il n’y avait que 25% de femmes au départ sur la distance reine lors de la dernière édition. «On enregistre une progression d’environ 1% de femmes par an sur notre épreuve», témoigne Benjamin Chandelier, le directeur du marathon de Genève. A ce rythme, il faudrait donc attendre vingt-cinq ans pour atteindre la parité sur la ligne de départ… C’est encore plus frappant à Lausanne où le marathon n’affichait que 18,7% de participantes en octobre 2018.

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Les femmes sont par contre plus nombreuses sur les épreuves plus courtes. A Genève, il y avait l’an passé 53% de femmes inscrites sur le 10 kilomètres et 40% sur le semi-marathon. Une explication qui tient, selon la sociologue Solène Froidevaux, spécialiste des questions de genre à l’Université de Lausanne, aux stéréotypes qui imprègnent le monde du sport. «Ce sont des croyances tirées du XIXe siècle et qui reposent sur l’idée que le corps des femmes n’est par nature pas assez fort pour résister à des disciplines faites pour les hommes. Il a par exemple fallu attendre les Jeux olympiques d’hiver de 2014 pour voir l’épreuve du saut à skis ouverte aux femmes. Les dirigeants de la discipline ont longtemps eu peur que les sauteuses ne résistent pas au choc d’une chute.»

Approche différente

Le constat est le même concernant la course à pied. «Les femmes n’ont pu participer au marathon olympique qu’à partir des Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles. Une Suissesse, Gabriela Andersen-Schiess, était arrivée en titubant sur la piste du stade olympique. Toutes les caméras étaient tournées vers elle et tout le monde attendait qu’elle s’écroule avant la ligne d’arrivée, qu’elle avait finalement franchie. Ce traitement médiatique avait contribué à cristalliser une résistance contre la présence des femmes sur marathon. Dans l’imaginaire, un homme épuisé est un coureur qui se surpasse, alors qu’une femme qui se dépasse se met en danger», poursuit Solène Froidevaux.

Ce discours social d’une femme au corps pas assez robuste pour réaliser des exploits physiques aussi difficiles que ceux achevés par les hommes a été intériorisé par les pratiquantes de la course à pied. Josette Bruchez, la directrice du marathon de Lausanne, est en première ligne pour observer le complexe d’infériorité des femmes qui en découle. «Un homme va oser se lancer sur un marathon après avoir couru un semi. Il se dit: j’ai fini un 21 kilomètres, je suis tout à fait capable de courir le double. Je n’ai presque jamais vu une femme s’écrouler de fatigue à l’arrivée du marathon de Lausanne. Par contre, des hommes qui finissent complètement à l’agonie, il y en a toujours énormément. Un homme ira jusqu’au bout de lui-même, quitte à ne plus pouvoir marcher le lendemain, pour finir l’épreuve. Alors que les femmes passent par un processus plus long d’entraînement et de progression. Quand elles s’inscrivent, elles savent qu’elles ont les moyens de le terminer en gérant leur fatigue.»


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Toilettes le long du parcours

Avant de tenter leur chance sur 42 kilomètres, beaucoup de runneuses valident une progression constante en réalisant graduellement des courses de plus en plus longues. «Il y avait jusqu’à récemment ce phénomène des courses uniquement réservées aux femmes, comme la Genevoise. Au début, c’était une demande de leur part. Puis les coureuses ont voulu participer aux mêmes courses que les hommes», note Benjamin Chandelier.

Pour encourager les femmes à se lancer sur la distance mythique, l’organisation du marathon de Genève soigne les à-côtés de l’épreuve. Des toilettes sont désormais installées tout au long du parcours, un duo mixte de speakers commente l’arrivée des finishers et des influenceuses sur les réseaux sociaux sont invitées sur la course pour donner envie à leurs fans. «On essaye au maximum d’égaliser l’accès à notre événement», ajoute Benjamin Chandelier. De l’autre côté de l’Atlantique, à New York, la parité est déjà presque atteinte. En 2018, il y avait 41,9% de femmes au départ du plus célèbre marathon de la planète.

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