Éditorial

Ce que les femmes ont (vraiment) à gagner sur un terrain de football

OPINION. Le succès de la Coupe du monde en France pose les bases d’un réel essor de la pratique féminine du football. Il faut l’encourager sans se tromper de combat: le salaire des meilleures est moins important que l’éducation de la base

Toutes les conversations enflammées au sujet du développement du football féminin finissent de la même manière: «Oui, mais les meilleures joueuses ne touchent pas encore le salaire de Neymar.» C’est vrai, évidemment. Et ce n’est pas l’essentiel.

La Coupe du monde s’achève et la pratique féminine du football s’apprête à retrouver son anonymat ronronnant. Adieu la ferveur et les grands stades bien garnis de l’Hexagone: même les stars de l’été retrouveront bientôt des enceintes plus petites, des compétitions moins suivies et un quotidien moins exposé. D’ici que les aventures de Wendie Renard, Sam Kerr ou Shanice van de Sanden passionnent le grand public non plus l'espace d’un événement prestigieux mais tout au long de l’année, il s’écoulera encore du temps. C’est dire s’il faudra patienter pour les émoluments à millions.

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Il ne faut toutefois pas se tromper de combat. Il serait bien sûr positif qu’une poignée de stars du ballon rond vivent (très) bien de leur passion. Surtout pour elles. Mais il y a davantage à gagner sur un terrain de football que de l’argent, et c’est là que se situe le véritable enjeu du développement de la pratique de ce sport chez les femmes – jeunes tout particulièrement.

Des études montrent que les hommes en quête d’un nouvel emploi postulent même s’ils ne correspondent qu’à 30 ou 40% des exigences d’un poste, alors que les femmes ne le font que si elles remplissent 70 ou 80% des critères. Cela s’explique entre autres par la peur de l’échec et de l’effet dévastateur qu’il pourrait avoir. Autrement dit: je préfère ne pas jouer plutôt que de m’exposer à la défaite. Même si, en même temps, je me prive aussi de la possibilité de gagner…

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Ce mécanisme mental ne résiste pas à la pratique du football. A chaque entraînement son lot de confrontations, de petits matchs, et donc de vainqueurs et de perdants. Ce principe de compétition permanente permet de dédramatiser les actes manqués, d’apprendre à tomber et à se relever, possiblement plus fort(e). Ce n’est pas salutaire seulement à l’échelle d’une carrière sportive, mais aussi à celle d’une vie.

Il n’y a pas que le ballon rond: bien des sports d’équipe offrent un terrain de développement individuel comparable, en plus de répondre par le mouvement à la sédentarité croissante de la société et de favoriser l’intégration. Mais le football des femmes connaît actuellement un essor tel qu’il serait dommage de ne pas profiter de l’exemple des stars de la Coupe du monde pour emmener de nombreuses petites filles sur le terrain, en crampons.

La plupart d’entre elles n’y deviendront pas riches, mais toutes ont à y gagner.

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