Les erreurs crasses des directeurs de jeu fâchent. Mais ceux qui «ont toujours raison» sont protégés par la FIFA. Objectivement, les caméras font foi. Réglementairement, c’est l’arbitre qui décide.

«Les bons arbitres sifflent sur les terrains. Les autres sur la plage!» Ottmar Hitzfeld n’en dira pas plus. Mais l’arbitrage de lundi lui est resté en travers de la gorge, après la défaite de la Suisse contre le Chili (0-1). La presse, elle, se déchaîne contre une forme d’amateurisme. «Produit globalisé par les «vertus» du business, le football conserve […] certaines zones d’ombre», déplorent en chœur la Tribune de Genève et 24 heures. «Le standard que l’arbitrage international tente d’instaurer n’est pas encore appliqué. Le Saoudien Khalil Al Ghamdi l’a démontré avec une attitude qui a suscité l’incompréhension et la colère.»

Mais qu’il prenne des décisions baroques ou qu’il soit originaire d’une nation dite «exotique» en matière de ballon rond, le directeur de jeu a toujours raison, non? Voire… L’expulsion de Behrami n’est que la dernière d’une longue série de cartons rouges contestés par la presse et le public. «Pour sévère qu’elle puisse paraître», écrit cependant Le Nouvelliste, elle «n’entrera sûrement pas dans la galerie des scandales de la Coupe du monde». «Tout faux! Sifflé n’importe quoi. N’importe quand! Mais qu’est-ce qu’il faisait là? Le chœur des Helvètes recueilli par le journal valaisan battait fort la colère. […] Avec un «pro», jamais Valon Behrami n’aurait pris la sortie.» «Une faute qui, selon l’ancien arbitre international Joël Quiniou, enchaîne RMC, «ne méritait qu’un simple carton jaune» et qui a totalement déréglé le mécanisme suisse.»

S’il devient difficile de compter les penaltys douteux et les buts entachés de mains ou de hors-jeu non sifflés, en tout cas, pour le site Football.fr, «la Suisse a trouvé son coupable», qui «remet carrément en cause l’expérience et le niveau de l’arbitre dans le match». «Des déclarations qui relancent le débat sur un arbitrage à la gâchette facile…» relève L’Equipe: «Les Suisses l’ont mauvaise et le bouc émissaire est tout trouvé.» Ils sont «furieux du cinéma chilien», enchaîne Le Nouvel Observateur. Particulièrement contre le joueur Arturo Vidal, «qui a simulé avoir reçu un coup de coude au visage pour obtenir l’expulsion».

Quoi qu’il en soit, «la FIFA protège les arbitres», analyse l’Agence France-Presse. Et rares sont ceux qui parlent. Pas de nouvelles, par exemple, du Français Stéphane Lannoy, qui n’a pas vu deux contrôles du bras de Luis Fabiano (Brésil-Côte d’Ivoire). Impossible de parler avec cet homme qui a ensuite donné le carton rouge à Kaka, «pour un deuxième jaune après une esquisse de coup de coude». Mais on a aussi entendu que le Brésilien l’aurait fait exprès, en vue d’être exclu du troisième match qualificatif et d’arriver «blanc» en huitièmes de finale. Pas joli-joli…

Quant au Tessinois désigné meilleur arbitre de football du monde en 2009, le Suisse Massimo Busacca, il fait exception en s’exprimant publiquement après avoir arbitré Afrique du Sud-Uruguay où il a sifflé un penalty et exclu le gardien des Bafana Bafana. Traité de «pire arbitre du Mondial» par le sélectionneur sud-africain, il a d’abord prévenu: «Je ne parlerai pas de cette décision», avant de lâcher: «Quand les images sont très claires, il ne faut pas expliquer. Vous êtes journaliste, vous avez vu le match, vous pouvez vous faire une opinion.» Et enfin, il donne la vraie raison du mutisme des arbitres, voulu et organisé par la FIFA: «Je pense que nous ne sommes pas prêts pour ça, arbitre c’est très difficile, il faut comprendre qu’il y a beaucoup de pression, ce n’est pas facile de venir expliquer chaque jour nos décisions.»

Alors, y a-t-il une solution? C’est Philippe Dubath qui la suggère dans son blog «La Coupe du monde par monts et par Vaud» [sic], hébergé par 24 heures: «La vidéo, oui, oui, oui.» Car selon lui, «le football vit encore au Moyen Age. […] Luis Fabiano a marqué son deuxième but en touchant deux fois le ballon de la main. […] Nous téléspectateurs l’avons tous vu. […] Nous avons même vu l’arbitre esquisser bizarrement une conversation souriante avec le joueur brésilien, juste après le but. […] Dans le même match, des agressions sont restées impunies alors que les images étaient claires. Un joueur a été expulsé alors que sa «victime» a fait un incroyable cinéma (est-elle ressuscitée depuis?). […] A quand l’arrivée définitive de la vidéo, pour les buts, les fautes importantes, «toutes les simagrées et comédies diverses – et les tricheries aussi – auxquelles se livrent les joueurs. […] Cela redonnera à un but sa vraie valeur, puisqu’il est le… but, justement, de tout geste footballistique.»