Le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé jeudi par communiqué avoir déposé un acte d’accusation contre trois hommes dans l’enquête sur la corruption à la Fédération internationale de football (FIFA): le Français Jérôme Valcke, ancien secrétaire général de la FIFA, le Qatari Nasser al-Khelaïfi, directeur de BeIn Media Group, et un homme d’affaires grec, dont le nom n’a pas été révélé, «actif dans le domaine des droits sportifs».

Si le Tribunal pénal fédéral accepte cet acte d’accusation et si la demande de récusation du procureur n’aboutit pas, le trio pourrait comparaître devant la justice suisse au plus tôt en fin d’année. Cette perspective a été beaucoup commentée en France, où Nasser al-Khelaïfi est surtout connu comme le président du Paris Saint-Germain. Elle reste cependant incertaine, et a perdu pas mal de sa substance depuis que la FIFA, à l’origine de l’ouverture, en mars 2017, d’une enquête pour «soupçon de corruption privée, d’escroquerie, de gestion déloyale et de faux dans les titres», a récemment retiré sa plainte.

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«Accord amiable»

«La FIFA a informé le MPC, fin janvier 2020 par écrit, avoir trouvé avec Al-Khelaïfi un «accord amiable», qu’elle n’a pas défini plus avant, et elle a déclaré par conséquent retirer sa plainte pénale contre Al-Khelaïfi et en partie aussi contre Valcke», précise le communiqué. Jérôme Valcke, ancien journaliste au bénéfice d’une rapide ascension aux côtés de l’ancien président Sepp Blatter, était alors soupçonné d’avoir accepté des avantages, notamment une montre de luxe ainsi que l’usage d’une villa en Sardaigne, en échange des droits télé des Coupes du monde 2026 et 2030, cédés au groupe BeIn à des prix en dessous du marché.

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De récentes révélations, par Mediapart et le Spiegel, semblaient accréditer l’idée d’un lien entre la mise à disposition de cette villa en Sardaigne pour Jérôme Valcke et l’attribution des droits télévisés des Coupes du monde 2026 et 2030 à la chaîne BeIn Sports. Avec le retrait de la plainte de la FIFA, Jérôme Valcke n’est plus accusé que de «corruption passive», de «gestion déloyale multiple et qualifiée» et de «faux dans les titres». Il se serait enrichi illégalement et n’aurait pas informé son employeur. Nasser al-Khelaïfi est, lui, comme l’homme d’affaires grec, seulement accusé d’«instigation à la gestion déloyale qualifiée».

Un moindre mal, selon Me Grégoire Mangeat, défenseur de Nasser al-Khelaïfi. «Le plus important, c’est que toutes les accusations de corruption privée relatives à l’octroi des droits médias ont été abandonnées, souligne l’avocat genevois. Ces accusations, contestées depuis le premier jour, n’étaient pas solides. Mon client n’est plus accusé que d’une seule et unique infraction: d’avoir incité Jérôme Valcke à ne pas restituer à la FIFA de prétendus avantages. Cette accusation manque de sérieux. Elle n’a du reste été mentionnée pour la première fois que le 2 décembre 2019 – à la surprise de toutes les parties –, n’a pas été instruite, et notre client n’a jamais pu s’exprimer à son sujet. Nous sommes confiants et plaiderons l’acquittement plein et entier de notre client.»

«Une instruction abrupte»

Les représentants de Jérôme Valcke, Mes Patrick Hunziker et Elisa Bianchetti, «[prennent] acte du fait que M. Valcke est renvoyé en jugement et [continuent] de contester les chefs d’accusation». Ils soulignent que l’accusation d’escroquerie et un chef de corruption privée ont été abandonnés contre leur client et estiment que celle de gestion déloyale et des autres chefs de corruption ne tiennent pas. «La FIFA n’a jamais subi d’atteinte à son patrimoine et Jérôme Valcke n’a pas exercé d’influence illégale pour la bonne raison qu’il n’avait pas d’influence. Ceux qui connaissent le fonctionnement de la FIFA le savent, ou devraient le savoir.»

Les avocats avouent leur étonnement quant à «la manière abrupte avec laquelle l’instruction a été clôturée. Pour la seule année 2019, l’audience que l’on nous faisait miroiter a été annulée onze fois au dernier moment par le MPC sans nulle explication, avant que, fin décembre, nous soyons convoqués comme des enfants pour nous signifier le renvoi en jugement.»

S’ils ont peut-être tergiversé, les procureurs fédéraux ont néanmoins bouclé leur enquête, certains faits anciens pouvant prochainement être prescrits.