Football

La FIFA pousse pour une Coupe du monde à 48 équipes au Qatar

Gianni Infantino veut convaincre le conseil de la FIFA d’élargir le tournoi dès la prochaine édition. C’est possible, d’après une étude de faisabilité, à condition que le Qatar en partage l’accueil avec au moins l’un de ses voisins

Depuis son élection à la présidence de la Fédération internationale de football (FIFA), en février 2016, Gianni Infantino est sur tous les fronts: introduction de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), création d’un nouveau Mondial des clubs en 2021, refonte du marché des transferts. Unique candidat à sa succession en juin prochain, le dirigeant a désormais en tête d’avancer de quatre ans la mise en place de l’une de ses réformes phares: l’extension du format de la Coupe du monde de 32 à 48 équipes.

Voté en 2017, cet élargissement était censé s’appliquer à partir de l’édition 2026, attribuée aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. Or, les 37 membres élus du conseil (gouvernement) de la FIFA doivent se pencher, vendredi 15 mars à Miami, sur une «étude de faisabilité» relative à une possible extension du tournoi dès l’édition 2022, dont l’attribution au Qatar suscite la controverse depuis plus de huit ans.

Réalisé par les équipes techniques de l’administration de la FIFA, ce document de 81 pages a été éventé par l’agence Associated Press, lundi. L’étude conclut qu’un tel élargissement est possible avec l’aide d’au moins l’un des voisins de l’émirat gazier et anticipe des revenus additionnels compris entre 300 à 400 millions de dollars (dont 120 millions en droits télévisés).

Oman et le Koweït en renfort?

Pour organiser 80 matchs, au lieu des 64 initialement programmés, la FIFA table sur un partage de la compétition avec d’autres pays limitrophes du Qatar, parmi lesquels figurent Bahreïn, le Koweït, l’Arabie saoudite, Oman et les Emirats arabes unis. «Toute décision d’inclure de potentiels pays hôtes nécessite l’accord du Qatar», précise l’étude, qui n’omet pas la question du boycott diplomatique et économique imposé, depuis 2017, par Bahreïn, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. «L’implication de ces pays dans l’organisation du tournoi conjointement avec le Qatar implique la levée de ce blocus, en particulier la levée des restrictions sur les mouvements de personnes et de biens.»

Plusieurs sources s’accordent à penser qu’Oman et le Koweït sont favoris pour se voir attribuer des matchs, en vertu de leur neutralité dans la crise actuelle. Mais seuls les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite – qui exerce de plus en plus son influence dans le monde du football depuis que Gianni Infantino s’est appuyé sur le royaume pour son projet de réforme de la Coupe du monde des clubs – et le Koweït possèdent des stades dotés du minimum requis de 40 000 sièges. La FIFA considère par ailleurs que l’ajout de seize matchs ne modifiera pas le calendrier du tournoi, censé être organisé sur 28 jours (du 21 novembre au 18 décembre 2022) et, exceptionnellement, en hiver, en raison des fortes chaleurs ressenties dans l’émirat en été.

Le coup politique d’Infantino

Alors que l’image du Qatar pâtit des soupçons de corruption qui s’accumulent depuis le vote d’attribution controversé de décembre 2010, et des déconvenues du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, tous les regards sont tournés vers Gianni Infantino. A Miami, le Haut-Valaisan espère que son conseil ratifiera cette étude de faisabilité afin de soumettre cette extension du Mondial au vote des 211 fédérations nationales membres du congrès de la FIFA, le 5 juin à Paris. Le principal obstacle est l’opposition de la plupart des associations membres de l’Union européenne de football (UEFA). «Sur le principe, je ne pense pas que cela soit faisable», glissait son président, le Slovène Aleksander Ceferin, au Monde en février.

Déjà tourné vers sa réélection, Gianni Infantino sait l’intérêt politique qu’il peut tirer d’une telle réforme, lui qui s’enorgueillit des bons résultats financiers (6,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le cycle 2015-2018) de l’instance planétaire. «Gianni Infantino s’assure ainsi le soutien des confédérations qui obtiennent plus de places au Mondial et donc plus de revenus, et du monde arabe qui enlève ce rêve au Qatar d’organiser, seul, cette première Coupe du monde dans cette région», estime un ex-dirigeant de la FIFA. «Ce que contient l’étude de faisabilité est ce qu’Infantino voulait qu’il y ait, résume une source européenne. Cette étude est une œuvre de commande.»

Le «Mondial du Golfe» dont rêvait Platini

Pour un ancien cadre de la FIFA, «le Qatar a toujours refusé cette idée» de partager le Mondial. «Ils vont devoir avaler certaines couleuvres et Gianni Infantino, qui a pris cette décision politique et non sportive, les met au pied du mur, estime cette source. Tout cela doit avoir un goût amer. Le Qatar n’aime pas faire de vagues, donc il avalera.» Pour un observateur avisé des affaires de la FIFA, ce partage contraint et forcé permettrait toutefois «aux Qataris de se faire des alliés dans la région» et d’avoir le beau rôle au nez «des Saoudiens et des Emiratis».

Cette étude de faisabilité renvoie par ailleurs aux motivations de l’ex-président de l’UEFA (2007-2015), Michel Platini, qui déclarait en 2017 au Monde ne pas regretter d’avoir voté pour le Qatar en décembre 2010. «Je souhaitais que la Coupe du monde n’ait pas lieu qu’au Qatar mais aussi aux Emirats, à Oman. Que ce soit le Mondial du Golfe.» Ce Mondial du Golfe pourrait bel et bien avoir lieu.

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