Football

La FIFA teste sa bourse aux joueurs

Le «Global Player Exchange» a vécu son premier mercato. La plate-forme, gérée par une filiale de la FIFA, doit rendre le marché des transferts moins opaque. C'est un emplâtre sur une jambe de bois, critique le syndicat des joueurs

Les Manchester City, Paris-St-Germain et autres Real Madrid seraient-ils devenus raisonnables? Le mercato d’hiver aura été étrangement calme. A quelques heures de la fin de la période de transferts -entre dimanche soir et mardi, selon les pays, aucune transaction à 100 millions d’euros à signaler. 

Cet hiver footballistique a pourtant quelque chose d’inédit. En coulisses, c’est l’avenir du marché des transferts qui se joue. La FIFA, via sa filiale TMS - pour Transfer Matching System -  a testé son nouvel outil en situation réelle. Son Global Player Exchange (GPX) est une plate-forme qui, à terme, doit devenir une bourse internationale aux joueurs.

«Abus et spéculations»

A la différence près que GPX n’est pas une plate-forme de négoce. Elle est au football ce qu'Autoscout est à l'automobile. Elle fait le lien entre acheteurs et vendeurs et leur permet d’échanger des informations fiables à propos d’un marché qui, chaque année, brasse environ 5 milliards de dollars. Les transactions, elles, sont validées dans un autre logiciel de la société, ITMS, qui, depuis cinq ans, sert à réguler et à certifier les transferts internationaux.

Au téléphone depuis Zurich, Mark Goddard, le directeur de TMS, est entouré de son responsable marketing et de son chef de projet. Les mots sont pesés, réfléchis. Il faut dire que l’enjeu est important, alors que la FIFA est sous forte pression et que son système de transfert est contesté à Bruxelles. Le syndicat des joueurs (Fifpro) réclame une refonte totale. Il a même déposé une plainte devant la Commission européenne, en septembre dernier.

Selon la Fifpro, le GPX ne résoudra aucun des problèmes actuels. «Les clubs et les joueurs ont besoin d’une réforme complète de la réglementation, non pas de bricolages qui entérinent le lucratif marché des transferts, déplore son porte-parole, Andrew Orsatti. C’est un business dans lequel les agents et d’autres parties externes au football se servent allègrement. Les indemnités de transfert sont exorbitantes. Elles encouragent les abus et les spéculations».

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A défaut de grande révolution, TMS avance pas à pas. Pour le moment, GPX est testé avec 371 clubs et se limite à un service de messagerie qui permet aux dirigeants et aux joueurs de communiquer entre eux avec la garantie de «l’authenticité de l’identité des interlocuteurs», selon Mark Goddard. Ce qui est loin d'être une évidence, dans le milieu globalisé et dérégulé du ballon rond. 

L’étape la plus critique interviendra plus tard en 2016. Avec l'aide des fédérations nationales et de deux fournisseurs de données, l'objectif est de certifier, standardiser et centraliser les milliers d'informations existantes sur les joueurs. Une tâche herculéenne, mais qui amènera une vraie plus-value, à en croire Mark Goddard. «Il y a tellement d’informations contradictoires sur Internet».

«Tout le monde n'est pas Zlatan»

Les statistiques de performance - pourcentage de passes réussies, nombre d'interceptions, kilomètres parcourus, etc. - ne seront pas disponibles dans un avenir proche. Rien n’est exclu mais pour le moment, «la priorité pour les clubs est d’avoir un accès à des données de base des joueurs (âge, parcours, taille, disponibilité,...) qui sont fiables et certifiées», insiste le directeur général de la société.

Agent de joueurs, Walter Fernandez demande à voir: «Cela fait des années que l’on en entend parler». Sur le principe, l’ancien défenseur du FC Lugano y est néanmoins favorable, si GPX peut améliorer la transparence. Aujourd’hui, les clubs investissent de telles sommes qu’ils ne veulent plus se tromper. Plus personne ne recrute sur un coup de tête». Les potentielles recrues sont suivies de près, leur statistiques analysées de fond en comble, ce qui permet de dénicher «des joueurs de l’ombre», qui ne brillent pas mais qui sont précieux à la récupération et/ou dans l’organisation du jeu. «Tout le monde n'est pas aussi visible que Zlatan», illustre encore Walter Fernandez.

Un outil pour les petits

Selon un autre agent qui, lui, souhaite garder l'anonymat, «ce système pourrait être vraiment utile pour les joueurs et les clubs qui sont au milieu et à la base de la pyramide. Pour les plus grandes entités, qui ont une fine connaissance des mécanismes de ce marché, je ne vois pas trop ce que cela va changer». C’est bien l’objectif: selon TMS, GPX vise à offrir à tous les clubs, y compris les plus petits, ceux qui n’ont pas les ressources financières ni un réseau suffisamment étoffé, la possibilité de trouver et de recruter des joueurs à l'autre bout du globe. «Le but est d’améliorer l’efficacité et la transparence du marché des transferts», ajoute Mark Goddard.

Plus tard cette année, GPX sera proposé aux 6500 clubs professionnels enregistrés dans ITMS. L’outil ne sera pas obligatoire. Il est un service complémentaire qui «répond aux nombreuses demandes des clubs et des joueurs», assure TMS. La société espère ainsi convaincre un maximum de professionnels d’y souscrire pour qu'il s’impose comme l'outil de référence sur le marché des transferts.

Dans le monde de la finance, les plate-formes électroniques ont éliminé, de Genève à New York, les crieurs à la corbeille. GPX peut-il tuer le métier d’agent? «Il marchera peut-être sur les plates-bandes de certains, mais l’aspect humain, le réseau et le relationnel garderont leur importance. Malgré ce que l’on peut parfois entendre, les joueurs ne sont pas simplement du bétail». Des boeufs, non. Mais des actifs financiers, de plus en plus.

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