Sommes de transfert mirobolantes, droits de retransmission télévisée toujours plus élevés, salaires indécents, merchandising, clubs cotés en Bourse, le football a subi d'énormes bouleversements depuis dix ans. «Football is business», pourrait-on résumer. Dans ce registre, la FIFA (Fédération internationale de football association) va franchir un nouveau pas. Au deuxième trimestre de cette année, l'organe faîtier du football lancera un emprunt sur le marché obligataire garanti par les futures recettes des droits de marketing et de merchandising des Coupes du monde 2002 (Japon et Corée) et 2006 (Allemagne). Les droits de télévision – dont la vente pour les deux prochaines éditions va rapporter 2,8 milliards de francs suisses – ne sont pas pris en considération dans cette opération.

«Jusqu'à présent, nous avons emprunté de façon traditionnelle (ndlr: crédit bancaire), mais il est plus avantageux d'émettre une obligation», explique Andreas Herren. Le porte-parole de la FIFA poursuit: «Nous vivons dans un cycle de quatre ans. En lançant une obligation, nous disposons d'un nouvel outil pour gérer le cash flow (liquidité) de la fédération.» En effet, si la FIFA perçoit l'essentielle de ses recettes tous les quatre ans avec la Coupe du monde, elle a de nombreuses dépenses auparavant: l'organisation de championnats du monde juniors dans différentes classes d'âge, le football féminin, le football en salle, les programmes de développement. Sans oublier que, depuis 1999, chaque association (il y en a 220) reçoit 250 000 dollars (410 000 francs suisses) par an et chaque confédération (il y en a 6) 2,5 millions de dollars par an. On le voit, les fonds pour faire rouler la machine reviennent tous les quatre ans, mais il y a beaucoup de dépenses entre-temps.

La FIFA a mandaté Credit Suisse First Boston (CSFB) pour piloter l'opération. «Nous sommes en train de mettre en place cette opération de titrisation (ndlr: transformation de créances ou de revenus en titres négociables) et cela va nous prendre au moins le premier trimestre de l'année. Durant cette période, nous sommes en contact avec les agences de rating, Moody's et Standard & Poor's. Notre objectif est une notation très élevée (ndlr: plus celle-ci est élevée, plus le taux d'intérêt payé par la FIFA sera bas)», explique Jean de Skowronski, responsable des nouvelles émissions obligataires pour CSFB en Suisse. Pour l'heure seule la durée de l'obligation est connue: cinq ans. «C'est un bon laps de temps et assez porteur», assure un analyste financier de la place genevoise. Mais il subsiste plusieurs interrogations: la taille, la devise, le rendement et la notation.

Les contrats de marketing et de merchandising ont été signés entre la FIFA et ISL Worldwide. Les termes financiers ne sont pas publics, mais lors de la dernière Coupe du monde (1998), ils auraient rapporté 135 millions de francs à la FIFA. On peut s'attendre à ce qu'ils triplent pour les deux Mondiaux à venir. En comparaison, les droits de retransmission télévisée sont passés de 200 millions de francs en 1998 à 1,3 milliard pour 2002 et 1,5 milliard pour 2006 (vendus aux groupes Kirch et ISL). Ainsi, la FIFA toucherait quelque 400 millions pour 2002 et autant pour 2006. Au maximum, la taille de l'obligation porterait donc sur 800 millions de francs, mais, plus vraisemblablement, elle sera de quelque 400 millions.

La devise? «L'émission se fera en francs suisses ou en dollars», répond Jean de Skowronski. Quant au rendement, il va dépendre directement de la notation. A ce sujet, les garanties que la FIFA apporte sont très bonnes, puisque ISL a signé des contrats de marketing avec des sociétés de renommée internationale. Pour 2002, dix sponsors sont déjà partants: Adidas, Budweiser, Coca Cola, Fuji, Gillette, Hyundai, JVC, Korea Telecom, Mastercard, McDonald's. Pour 2006, cinq contrats sont déjà signés: Adidas, Budweiser, Coca-Cola, Gillette et McDonald's. «La crédibilité de ces sociétés joue un rôle indéniable, précise un analyste du marché obligataire. De plus, c'est une démarche novatrice et originale. Il était temps que l'industrie du sport utilise les outils de la finance.» Ce que confirme un autre analyste: «Les gens se rendent compte qu'il y a de l'argent dans le sport et que c'est un domaine géré désormais par des professionnels. De plus, la diversification est très porteuse. Les clients institutionnels – fonds de placement, caisses de pension – peuvent être intéressés, de même que des clients privés, branchés sur le football.»