Hockey sur glace

La fin du mythe Arno Del Curto

L’entraîneur grison n’ira pas au bout de sa 23e saison à la tête du HC Davos. Les mauvais résultats de son équipe, inédits après de nombreux succès, l’ont amené à démissionner

Le sport existe pour écrire de belles histoires, et pour rappeler qu’aucune n’est éternelle. En 2016, le FC Sion a perdu la première finale de Coupe de Suisse de son histoire après 13 victoires. En 2017, Arsène Wenger a quitté le banc d’Arsenal après 22 saisons. En 2018 est venue l’heure du départ du plus mythique des entraîneurs suisses de hockey sur glace: Arno Del Curto et le HC Davos, c’est fini, après plus de vingt-deux ans d’une collaboration fusionnelle qui aura permis au club grison de remporter six titres de champion de Suisse (2002, 2005, 2007, 2009, 2011, 2015), cinq Coupes Spengler (2000, 2001, 2004, 2006, 2011) et d’atteindre les demi-finales de la Ligue des champions en 2016.

Une légende écrite dans les Grisons

Nommé à la fin de la saison 1995-1996 à la tête du club le plus titré du pays, Arno Del Curto était à 40 ans déjà entraîneur depuis longtemps. Sa carrière de hockeyeur s’était terminée dès ses 21 ans à la suite d'une grave blessure à une cheville. Il s’était reconverti en dirigeant des équipes d’amateurs, avant de découvrir ce qui s’appelait encore la Ligue nationale A au Zürcher SC, ancêtre des ZSC Lions. Mais c’est bien dans «ses» Grisons que le natif de Saint-Moritz a écrit sa légende.

S’il a aujourd’hui décidé de «se retirer», ainsi que le qualifie le communiqué officiel du HC Davos, c’est parce que son équipe traverse «sa crise la plus grave depuis les années 1980». Onzième du classement de National League avec 12 points de retard sur la huitième place, elle pourrait échouer à se qualifier pour les play-off pour la première fois depuis l’arrivée de son entraîneur emblématique. Derrière ses petites lunettes et sous sa tignasse en bataille, il ne semble pas trouver la solution pour inverser la tendance.

La révolution Del Curto

C’est d’autant plus alarmant que l’homme a insufflé beaucoup de nouvelles idées dans le hockey suisse. Les joueurs passés par le HC Davos en témoignent sans réserve. «Lorsque je suis arrivé à Davos, j’ai tout de suite compris qu’avec Arno Del Curto, ce serait spécial, expliquait au «Temps» Sandy Jeannin voilà quelques semaines. Il y avait bien sûr ses principes de jeu: beaucoup de vitesse, énormément d’engagement, tout pour l’attaque. Mais cela ne tombait pas du ciel: nous nous entraînions comme des fous. Il n’était pas rare qu’il y ait trois séances dans la journée.»

A l’échelle du pays, Davos semble géographiquement loin de tout, perdu dans la montagne, excentré. Il ne fallait pas moins que le défi sportif proposé dans cette petite ville d’altitude pour inciter de bons éléments à y poser leurs bagages. Sandy Jeannin avait 21 ans. «L’atmosphère était extrêmement stimulante. On sentait qu’il se passait quelque chose. D’autant qu’Arno n’hésitait pas à accorder sa confiance aux jeunes.»

La révolution Del Curto? Une haute intensité dans le jeu, au service bien sûr du spectacle mais surtout du résultat. Avec le temps, le hockey sur glace du Grison a déteint sur les autres équipes du pays. Aujourd’hui, il en est bien quelques-unes qui misent sur un jeu plus défensif, parfois avec un certain succès, à l’instar du Langnau de Heinz Ehlers. Mais pour la plupart, elles recherchent la vitesse, la surprise, l’occasion de but avant que l’adversaire n’ait eu le temps de se replacer. «Quelque part, Arno Del Curto a été un précurseur d’une philosophie que tout le monde a ensuite adoptée, souligne Sandy Jeannin. Si son équipe n’est plus si spéciale, c’est que les autres ont intégré sa façon de faire et appris à la contrer, si ce n’est à jouer de la même manière…»

«Danke Arno»

D’autres soulignent que, cette saison, le HC Davos ne dispose tout simplement pas des joueurs nécessaires pour prétendre à de meilleurs résultats. «Il n’a pas eu les «chevaux» dont chaque bon entraîneur a besoin pour réussir. Un coach est seulement aussi fort que son équipe», glisse à 20 minutes Chris McSorley, entraîneur du Genève-Servette qui, en apprenant la nouvelle du départ de son rival, a vécu son «jour le plus triste» depuis son arrivée en Suisse.

Aucun entraîneur n’est éternel. Sur le banc d’une équipe tout du moins. Car l’héritage d’Arno Del Curto est bien vivant dans le hockey suisse, autant que par les joueurs passés sous ses ordres et devenus coachs à leur tour. «Moi, je n’entraîne qu’en 2e ligue, avec des mecs qui bossent à côté, témoigne Sandy Jeannin, à la tête du CP Fleurier, dans le canton de Neuchâtel. Je ne peux pas avoir les mêmes exigences qu’Arno avait avec nous à l’époque. Mais dans le jeu qu’il prônait et la manière dont il savait être proche de ses joueurs tout en conservant son autorité, oui, il m’a influencé.»

«On dit que ce qui reste, c’est la dernière impression, note le communiqué du HC Davos. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci.» Les premières réactions des fans semblent le confirmer: ils paraissent unanimes pour ravaler la frustration d’un début de saison raté et dire: «Danke Arno.»

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