Cyclisme

Finhaut, la belle endormie, s’est éveillée

Recevoir le Tour de France était un pari fou mais réussi grâce aux bénévoles. Retour dans le village encore en liesse et qui fait peu cas d’une ou deux fausses notes

Au commencement il y avait un rêve de gosses. Celui de Cédric Revaz et d’Alain Gay-des-Combes, deux copains de Finhaut qui au mois de juillet, sur les coups de 17h, écoutaient dans le transistor d’un grand-père les arrivées du Tour de France. Ils enfourchaient ensuite une bicyclette, jouaient au champion, dévalaient les pentes et les grimpaient en souffrance et orgueil. Devenus adultes, ils ont décidé que la Grande Boucle viendrait chez eux.

La volonté, la sincérité et la modestie triomphent

Cadre idéal: le Mont-Blanc, le col à 12% jusqu’au barrage d’Emosson et ce lac vert là-haut. Mais le projet paraissait totalement fou. Tant de villes françaises réclament leur étape alors un hameau valaisan en forme de cul-de-sac à son sommet, aucune chance croyait-on. La volonté, la sincérité et la modestie de Cédric et Alain ont séduit Christian Prudhomme, le patron du Tour. Mercredi 20 août, le peloton a quitté Berne et rallié la vallée du Trient. 100 000 spectateurs depuis le col de la Forclaz jusqu’au barrage via Finhaut. Une très belle fête que l’on doit surtout aux 730 bénévoles (pour un village de 450 âmes) réunis par Nicolas Pierroz, directeur-adjoint des écoles de Martigny et enfant de Finhaut.

Remarquable travail, mais quelques couacs

Commune assoupie à l’image de ses grands hôtels fermés jadis emplis de Britanniques fortunés qui cherchaient l’air pur, Finhaut a vécu pendant trois jours un remake de la Belle-Epoque. Des buvettes, des scènes pour toutes les musiques, une fanfare déjantée, un bal musette, des assiettes valaisannes et de la fondue à toutes les heures. Dominique, Marie-Claire et Marguerite «vêtus de combinaison lunaire» ont commencé en février à peindre au pinceau 97 vieux vélos. Cadres et roues ont été accrochés sur les façades des maisons. Très bel effet. L’ancien hôtel Mont-Fleuri a exposé des maillots et des vélos des années soixante à nos jours.

Le plus remarquable a été la sécurité que ces bénévoles ont assurée sans défaillir. Aucun incident à déplorer sur les 11 km d’ascension vers Emosson. Et la gestion exemplaire des déchets jour et nuit a permis «de ne pas salir la montagne» selon l’expression des organisateurs. Des couacs cependant. Comme le coût multiplié parfois par trois des billets de train ou de funiculaire qui a poussé beaucoup de personnes, qu’elles aient 7 ou 77 ans, à randonner de Chatelard à Emosson. Autre grief, sportif celui-ci: la très laborieuse évacuation de la caravane du Tour (2 500 personnes) au terme de l’étape. Trois heures trente après avoir franchi la ligne d’arrivée, des coureurs dont le maillot jaune Chris Froome se trouvaient encore au sommet alors qu’en temps habituel ils sont déjà dans leur hôtel, douchés et massés.

Une caravane ralentie

Pour rappel, le Tour de France n’accepte plus les arrivées en cul-de-sac et ne fait donc plus pédale arrière. A Emosson, la caravane a emprunté la route du barrage puis huit kilomètres de galeries qui conduisent à Chatelard, à la frontière suisso-française. Mais l’effet entonnoir, sans doute sous-estimé, a rapidement et fortement ralenti la sortie. «Il y a à Emosson une grande marge de progression en termes d’évacuation de la caravane», a ironisé jeudi Christian Prudhomme. Ilse Bekker, la responsable de la communication du comité d’organisation, en impute la responsabilité à une certaine «légèreté française». «Nous avions tout réglé à la minute mais plusieurs dizaines de voitures de presse se sont précipitées et n’ont pas respecté l’ordre de sortie. Elles se sont intercalées entre les autobus des coureurs et sont à l’origine du blocage», affirme-t-elle.

Nouvelle candidature contrariée?

Cet aléa n’est certes qu’une goutte d’eau dans l’eau du lac d’Emosson mais il peut contrarier une nouvelle candidature de Finhaut-Emosson, dans les cinq ou dix années à venir. Ce vendredi, le démontage des installations a été achevé. 50 bénévoles et une escouade de l’armée ont ôté panneaux, calicots, tentes, podiums et salles de presse. Reste le souvenir d’un grand cirque tapageur qui pendant un jour a réveillé les grands hôtels vides et donné très envie aux gens d’ici de perpétuer la fête.

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