La crise financière a sonné sur la Formule 1 tel un réveille-matin au terme d’une nuit de fête. Au fil des ans, sans que personne n’y ait pris garde, la Formule 1 avait versé dans la démesure. Prise d’une mythomanie aznavourienne, elle se voyait déjà en haut de l’affiche, son nom s’écrivant en plus gros que n’importe qui, telle une vedette du sport mondial avec son chiffre d’affaires dépassant les 5 milliards de dollars.

Emportées dans une folle spirale, les écuries réclamaient des budgets toujours plus importants à leurs sponsors ou aux conseils d’administration des marques automobiles qu’elles représentaient.

Cet emballement ne connaissait pas de frein. En quinze ans, les budgets des équipes avaient été multipliés par dix, grimpant de 50 à 500 millions de dollars pour les plus grandes, qui comptaient l’an dernier plus de 1000 employés n’ayant d’autre but que d’aligner deux monoplaces sur les grilles de départ, le dimanche venu.

Désormais, de tels excès sont à conjuguer au passé. Depuis l’été, la crise mondiale allant croissant, les écuries ont commencé à limiter leurs dépenses. Jusqu’à ce que le 17 mars dernier, la Fédération internationale de l’automobile (FIA) décide de plafonner les dépenses à 30 millions de livres par an (50 millions de francs suisses) à partir de 2010.

Ce montant doit tout inclure, des sandwichs des mécanos aux ordinateurs de l’usine en passant par les recherches sur le moteur, le salaire des pilotes ou les études en soufflerie.

Paradoxalement, les fameux motor-homes des paddocks, ces reflets de l’ego surdimensionné des patrons d’écurie, seront les seuls à ne pas être inclus dans cette limite de budget. Tels des dinosaures inadaptés aux changements, ils trôneront donc comme les vestiges des années d’abondance.

Cette limitation de budget, drastique, ne s’appliquera toutefois qu’aux écuries le souhaitant. Les autres pourront continuer à dépenser autant qu’elles le souhaitent, mais en devant respecter un règlement plus contraignant que les écuries sous contrainte. Dépenser plus pour aller moins vite: la FIA espère que bien peu d’équipes opteront pour cette voie de la bêtise.

La Fédération a donc profité de la situation économique mondiale pour faire passer en force des mesures qu’elle mûrissait depuis des années. «En fait, cette crise pourrait même être salutaire pour la Formule 1. Elle va nous rappeler une réalité que nous étions en train d’ignorer», confie un patron d’écurie.

Pour certains, cette réalité a bien failli coûter cher: fin novembre, Honda annonçait son retrait immédiat de la Formule 1. Très durement frappé par la chute des ventes automobiles, le constructeur japonais ne pouvait plus justifier ses dépenses en F1 à l’heure de réduire le nombre de ses salariés.

Même si rien n’a filtré officiellement, on sait que plusieurs autres écuries ont failli emboîter le pas à la marque nipponne: chez Renault et chez Toyota, notamment, la direction fut à deux doigts de mettre un terme à la F1, ce qui aurait très gravement compromis la crédibilité, voir l’existence même d’un championnat ne comptant plus que 14 voitures.

Finalement, après concertations, toutes les écuries ont promis de rester en Formule 1 au moins jusqu’à la fin de la saison 2012. Un maintien garanti à condition que les coûts soient nettement repensés à la baisse. C’est ainsi que les écuries se sont unies sous la bannière de la FOTA, une association créée en juillet dernier, pour décider univoquement de limiter les essais privés ou les heures de soufflerie afin de diviser les budgets par deux d’ici à 2010 – pour arriver à une fourchette allant de 100 à 200 millions d’euros par an.

Jugeant ces «mesurettes» inadaptées à la crise, et voulant affirmer sa mainmise sur les règlements, la FIA a finalement décidé d’aller plus loin le 17 mars dernier avec sa limitation à 30 millions de livres. Tant mieux pour les petites écuries.

La conclusion? Le pilote Toro Rosso, Sébastien Bourdais, l’a apportée, hier, dans le paddock de Melbourne: «Quand on regarde la course à la télévision, le spectacle reste le même si les écuries dépensent 500 ou 50 millions d’euros par an.» La folle course aux armements lancée ces dix dernières années, avec des souffleries fonctionnant 24 heures sur 24 et des rétroviseurs étudiés pendant des jours n’apportait rien à la course tout en siphonnant les budgets des constructeurs.

L’écurie Honda ayant finalement pu poursuivre sous l’appellation Brawn, l’histoire se termine bien et la leçon semble comprise. La F1 restera raisonnable. Jusqu’au redémarrage de l’économie…

En 15 ans, les budgets des équipes avaient été multipliés par dix, grimpant de 50 à 500 millions de dollars