Que de fois n'a-t-on dit que le football ressemblait à la politique? La campagne actuelle pour la présidence de l'Association suisse de football (ASF) en donne une nouvelle preuve. De conférences de presse en manœuvres en coulisses, les candidats affûtent leurs armes, présentent leur programme et cherchent des alliances. Résultat des courses ce samedi à Berne où l'assemblée ordinaire des délégués de l'ASF doit élire le successeur de Me Marcel Mathier. L'avocat valaisan, en fonctions depuis huit ans, ne briguera pas un nouveau mandat de deux ans. Depuis plus de 50 ans, on se passe le témoin entre sections (lire ci-dessous) pour le plus grand bonheur de tous. Ce ronron habituel subit tout de même une exception. En 1983, Heinrich Röthlisberger se présente face à Me Freddy Rumo. Selon le tournus, c'est au tour de l'avocat neuchâtelois, mais le candidat de la première ligue prend le dessus. Cette année, la règle non écrite est de nouveau enfreinte. Et de quelle manière, puisqu'il y a carrément quatre candidats! Flash-back sur la genèse de ces candidatures et zoom sur les enjeux.

Le 6 octobre dernier, les présidents des trois sections se réunissent. Ralph Zloczower (LN), Guido Cornella (première ligue) et Urs Saladin (ligue amateurs) promettent même de se revoir. Mais Guido Cornella sait que le secteur professionnel aimerait obtenir la présidence une fois sur deux (et non plus une fois sur trois). Il craint également une alliance de la LN et de la ligue amateurs qui le laisserait sur le carreau. «J'ai senti que les deux autres présidents de section voulaient être candidat. Si j'avais été sûr qu'on pouvait se reposer sur un candidat unique, j'aurais attendu une nouvelle discussion», dit-il. Répondant de plus aux vœux de la conférence des présidents des clubs de première ligue et du comité de première ligue, fin octobre, il devient le premier candidat officiel. Trois semaines plus tard, Ralph Zloczower l'imite. Mi-décembre, constatant que les deux autres candidats ont fait route de façon solitaire, Urs Saladin se met en lice. Début janvier, un quatrième larron, Jean-François Kurz, entre en scène. «Des amis m'ont convaincu de me lancer dans la course pour que les délégués aient le choix d'un candidat hors section qui défende les intérêts de tout le monde», explique-t-il.

Coup de théâtre à la fin de janvier. Gilbert Facchinetti, président de l'association Neuchâtel Xamax, veut un homme fort pour défendre les intérêts du football d'élite et lance un pavé dans la mare en proposant Carlo Lavizzari: «Il apparaît, dans la conjoncture actuelle, le seul capable de mener le combat des réformes dont notre football a un urgent besoin.» L'ancien président du Servette FC (1980 à 89) et de la LN (1989-95), se dit flatté, mais ne sortira pas du bois: «Je ne veux pas être le candidat d'une minorité agissante. Il y a une guerre des chefs autour de cette place vacante et je ne veux pas m'y insérer car c'est le bien du football suisse qui doit primer en ce moment.»

Si cette élection a le mérite de mettre fin au système de cooptation, elle confirme également la lourdeur des structures. «La vie du football national se fait dans trois microcosmes, ce qui enlève beaucoup de dynamisme: chaque section peut être une minorité de blocage lors de l'assemblée des délégués. Le pouvoir du président est relativement limité», analyse Me Freddy Rumo, président de l'ASF de 1989 à 1993. L'avocat neuchâtelois donne les contours de la fonction: «Le président doit être le rassembleur des trois sections. Il suscite les arbitrages et donne les impulsions pour les réformes. Enfin, il tisse les contacts avec les institutions (FIFA et UEFA) et représente la nation à l'étranger.» Dans ce sens, Me Marcel Mathier a bien dépoussiéré la fonction et laissé quelques empreintes: professionnalisation du département technique, contrats de sponsoring significatifs, centres régionaux de formation.

Quatre hommes briguent donc ce fauteuil. «Aucun candidat n'a de sens politique aigu, ni de charisme suffisant pour s'imposer naturellement. Tout est donc possible», analyse un proche du dossier. Urs Saladin, porté par une section qui pèse 47 voix, fait tout de même figure de favori. Mais il n'est pas certain qu'il fera le plein des voix de la ligue amateurs. Les dissensions au sein de la LN, puisque des clubs soutiennent Jean-François Kurz, pourraient porter préjudice au candidat officiel Ralph Zloczower. Enfin, Guido Cornella paraît isolé entre les deux blocs (football professionnel d'un côté et amateur de l'autre), mais n'a pas dit son dernier mot. Il paraît en effet peu probable qu'un candidat s'impose au premier tour (majorité absolue). Les alliances vont donc se finaliser entre les deux tours, même si elles ont certainement déjà commencé avant l'élection. Au jeu des intrigues de coulisses, plusieurs combinaisons sont possibles avec l'inévitable lot de surprises. Réponse ce samedi à la salle du Grand conseil de l'Hôtel de ville de Berne, sans oublier que n'importe quel délégué peut présenter un candidat le jour même de l'assemblée…