Les joueurs du Lausanne HC peuvent sans attendre ériger une statue à Flavio Streit. Hier à Viège, dans le quatrième match des demi-finales des play-off de Ligue nationale B (LNB), leur gardien les a une nouvelle fois sauvés d'un fiasco retentissant contre une équipe qui, jusqu'à dimanche, était leur bête noire cette saison. Déjà dans les buts dimanche (4-1), le portier lausannois a une seconde fois déployé son talent pour conjurer les démons de son équipe et conduire les siens à une victoire 0-3 (0-1, 0-1, 0-1) synonyme d'égalisation à 2-2 dans la série au meilleur des cinq matches. Mais diantre que ce fut long et difficile!

Prudence, prudence, prudence. Echaudés d'avoir trop fait le jeu lors de leurs duels précédents, les Lausannois sont en effet entrés sur la glace comme on marche sur des œufs: du bout des patins. Attentifs, patients, concentrés à l'extrême en défense, ils ont pris leur temps pour tisser leur toile face à des Viégeois à l'affût de la moindre erreur adverse. Comme le reconnaissait le défenseur lausannois Malik Benturki avant la rencontre, il n'est «pas facile de se détendre contre une équipe qui vous a battu trois fois lors du tour qualificatif, puis lors des deux premiers matches des demi-finales. Qui vous fait douter de vos capacités, de tout ce qui a fait votre force morale tout au long de la saison».

Un début de délivrance est intervenu assez tôt, grâce à Philipp Orlandi (6e). Mais le deuxième tiers a donné l'impression que les Lausannois n'avaient absolument pas exorcisé la peur que leur inspirent les Viégeois. Paralysés dans leurs relances, incapables de déployer un semblant de jeu au-delà de leur zone de défense, les hommes de Riccardo Fuhrer ont subit une sorte de danse du scalp dont ils sont finalement sortis indemne par la seule grâce de leur incroyable gardien. Comme mus par un ressort cassé, ils ont usé de dégagements interdits comme autant de planches de salut quand la pression valaisanne risquait de se transformer en une mise à mort attendue. Lors d'une de leurs rares incursions en zone adverse, la chance s'est ensuite penchée avec bienveillance sur leur désarroi, leur permettant de marquer ce deuxième but synonyme de goulée d'oxygène inespérée (35e).

Au dernier tiers, le LHC a donné la même impression de jouer la peur au ventre, d'attendre la fin des débats comme un condamné attend son heure. Oublié, le jeu chatoyant grâce auquel il avait balayé certains de ses plus directs concurrents ces derniers mois. Inexistantes, ces combinaisons déroutantes d'un premier bloc qui avait fait le malheur des Genevois ou des Biennois il y a peu. Quant à Flavio Streit, seul Lausannois rescapé d'un navire en perdition bien que menant au score, il a continué d'éviter le naufrage. Colmatant les brèches, il a empêché que l'équipage ne cède à une panique accrochée au bastingage et prête à se lancer à l'abordage au premier but concédé.

Comme au deuxième tiers, la chance a souri aux Lausannois. Sur une contre-attaque, ils ont retrouvé leur maîtrise collective pour marquer un troisième but au goût prononcé, cette fois, de victoire proche et libératrice (55e).

Les Lausannois, qui avaient donné l'impression d'avoir conjuré leurs démons dimanche, ont montré hier que ce retournement de situation ne tenait qu'à un fil, malgré un résultat final flatteur. De manière certainement plus cruciale, ils reprennent la main dans la série qui les oppose aux Valaisans. Vendredi sur leur glace de Malley, ils seront en effet en position de force dans le match décisif. En cas de victoire, ils rencontreront en finale Bienne, vainqueur hier de GE-Servette 2-3.