Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Mélange de football, de rugby et de lutte, le «calcio storico» est une tradition très ancrée à Florence.
© CLAUDIO GIOVANNINI/EPA

Italie

A Florence pendant le Mondial, une coupe du foot médiéval

Mélange de football, de rugby et de lutte, le Calcio florentin perpétue une tradition ancestrale. Cette année, c’était aussi un moyen d’oublier la Coupe du monde

La perception du temps semble différente à Florence. Ainsi, le souvenir du 17 février 1530 y est-il vif comme s’il datait d’hier. «C’est le jour, pendant le siège de la ville par l’armée de Charles V, où les Florentins sont descendus des remparts et, un peu pour fêter le carnaval et un peu pour se moquer de l’ennemi, ont entamé un match de calcio florentin sur la place de Santa Croce, raconte Filippo Giovannelli, directeur du défilé historique de la République florentine et du calcio storico florentin. De l’extérieur, ils ont commencé à bombarder la place, mais les chroniqueurs de l’époque disent que les boulets de canon volèrent au-dessus de la basilique sans faire de dégâts.»

Dans une Florence qui boude complètement la Coupe du monde de football, faute de pouvoir se passionner pour une Squadra Azzurra non qualifiée, 6000 spectateurs se sont massés le 24 juin dernier (jour de saint Jean-Baptiste, le patron de la ville) sur une place de Santa Croce transformée en arène, pour la finale du Torneo dei Quattro Quartieri (tournoi des quatre quartiers), la grande joute de calcio storico.

Tous les coups sont permis

La ville de Florence compte quatre quartiers historiques qui sont identifiés par quatre couleurs: Santo Spirito (blanc), Santa Croce (bleu clair), Santa Maria Novella (rouge) et San Giovanni (vert). Le match de la Saint-Jean est précédé de deux semaines par les demi-finales. Cette année, il n’y en a eu qu’une, gagnée à la surprise générale par San Giovanni aux dépens de Santo Spirito. L’autre demi-finale n’a pas eu lieu, car Santa Croce, protestant contre la disqualification de certains joueurs après des comportements inappropriés lors de la demi-finale 2017, a boycotté le tournoi. En représailles, la mairie de Florence a déjà promis d’enlever siège, terrain d’entraînement et subventions aux bleus: basta così!

Cette discipline, prise à l'état pur, est sans règles: deux équipes de 27 joueurs s’affrontent violemment pendant cinquante minutes de jeu. Gagne qui met le plus de cacce, les buts, situés, comme dans le football, aux deux extrémités du terrain. Il a tout de même fallu instaurer quelques règles, car les tournois avaient souvent été suspendus. Certains matches se sont soldés par une rixe générale, démêlée par la police à coups de matraque, avec une issue judiciaire. «Maintenant, ce n’est plus du tout le cas», assure Filippo Giovannelli.

Sous le regard de «Batigol»

«On ne peut plus faire n’importe quoi, confirme Roberto Torrini, le président des verts de San Giovanni. La mairie et nous, les couleurs, souhaitons que les tournois se disputent de façon régulière, sans incident, pour pouvoir perpétuer cette tradition.» En 2014, le maire de Florence, Dario Nardella, avait annulé la finale à cause des émeutes, qu’il craignait. Dimanche 24 juin, il était dans les tribunes, ainsi que son illustre prédécesseur, le sénateur Matteo Renzi. A leurs côtés, Gabriel Batistuta, l’ancien buteur argentin de l’équipe de football de la Fiorentina, toujours très populaire dans la ville.

Mais qui sont les calcianti, comme on les appelle pour les distinguer des footballeurs, nommés calciatori? Tout d’abord, ils doivent être Florentins de naissance – le certificat de naissance d’un hôpital de la banlieue de Florence est accepté –, ou sinon vivre dans la ville ou sa banlieue depuis au moins dix ans. «Avant, on pouvait utiliser deux étrangers, qui ne remplissaient pas le critère de naissance ou de résidence; maintenant, on est revenu aux origines», explique Massimo Arcidiacono, le président des Rossi.

De l’ouvrier à l’ingénieur du CERN

«Tous les joueurs sont des athlètes complets qui pratiquent souvent plusieurs sports en compétition: boxe, lutte, football, rugby. Nos entraînements commencent en février, mais eux, ils s’entraînent 365 jours par an. Ils aiment le contact physique, l’affrontement face à face, dur mais loyal, confie Roberto Torrini, lui aussi ancien calciante, autour d’un café. Au niveau socioculturel, on a de tout: des ouvriers, des avocats, des cadres, des plombiers. Mais je tiens à souligner qu’ils ne perçoivent pas un rond; ils le font pour l’amour de leur ville et de la couleur qu’ils défendent.» «Nous avons aussi un ingénieur qui travaille au CERN à Genève», ajoute le directeur Filippo Giovannelli, fier de cette transversalité.

Tous sont des placards de muscles, arborant souvent d’énormes tatouages, avec le crâne rasé ou des coiffures de footballeurs. Les températures souvent très élevées en Toscane en cette période et le contact physique font que les t-shirts se déchirent vite et laissent les calcianti torse nu, condition qui en exalte le brin d’exhibitionnisme présent chez ces sportifs habillés en culotte du XVIe siècle et crampons fluos du XXIe.

Quelques jours avant la finale, remportée sur le score de 10,5 à 4 par les rossi de Santa Maria Novella sur les verdi de San Giovanni, la Fiorentina avait présenté ses maillots pour la prochaine saison. Derrière le premier maillot violet, qui ne change pas, la Viola pourra choisir entre quatre maillots différents pour les matches extérieurs: un bleu, un blanc, un rouge et un vert. Quatre beaux clins d’œil aux quatre quartiers et au calcio storico. Normal dans une ville où l’histoire continue de se raconter au présent.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL