«We’re now approaching Newport, Rhode I. […] We’re going to be In High, High so –, High So-ci, High So-ci-ety.» Dans le film «High Society» (1956), Louis Armstrong chante la petite ville balnéaire américaine de Newport, refuge doré de l’élite new yorkaise depuis près d’un siècle, choisie par JFK pour épouser Jackie en 1953, et lieu de compétition de l’America’s Cup entre 1930 et 1983. C’est ici, dans cette station hautement symbolique pour le milieu de la voile, que se tenait fin octobre la finale de la Red Bull Foiling Generation, une compétition réservée aux meilleurs navigateurs au monde âgés de 16 à 20 ans.

A l’origine de ce projet: deux médaillés d’or olympiques, les Autrichiens Roman Hagara et Hans-Peter Steinacher qui ont approché la marque de boisson énergétique et l’ont convaincue d’acquérir cinq Flying Phantoms, des catamarans à foils, et de mettre sur pied la série. «C’est une chance unique de pouvoir tester le foiling», explique le Suisse Grégoire Siegwart, arrivé deuxième de la finale de la Red Bull Foiling Generation aux côtés de son cousin Sébastien Schneiter, fils d’Alex Schneiter, le sextuple vainqueur du Bol d’Or et initiateur de Team Tilt – une équipe de voile qui offre une structure et un soutien à des jeunes navigateurs – représenté à Newport par les deux Suisses.

Opportunités rares

En effet, les opportunités d’essayer ces bateaux volants sont rares. Car le foiling coûte cher, en moyenne 40% de plus que la voile conventionnelle. «Ce type de catamarans est très onéreux, confirme Roman Hagara. A cet âge-là, à moins d’avoir des parents qui ont les moyens d’en avoir un, c’est très difficile de pouvoir les tester.»

Si d’une part la voile cherche à se démocratiser – les activités de Red Bull, marque ultra populaire, l’illustrent – de l’autre une segmentation s’opère: le foiling fait certes entrer la discipline dans les sports extrêmes ce qui plaît à de nouveaux sponsors, mais offre surtout une distinction à ceux qui peuvent se le permettre.

Marqueur social

Plébiscitée par la haute société (la «high society» chantée par Louis Armstrong), la pratique de la voile a toujours été un marqueur social. «Elle fait partie des sports qui plaisent aux gens fortunés, confirme Matthew Sheahan, spécialiste en la matière pour divers médias dont le Financial Times et Yachting World. S’il n’est pas nécessaire d’être riche pour naviguer, il faut en revanche de l’argent pour être le propriétaire d’un voilier, et avoir énormément de moyens pour posséder l’un des bateaux prenant part à l’America’s Cup.»

Plus ancien trophée sportif au monde, l’aiguillère d’argent a, dès ses débuts en 1851, attiré les plus grosses fortunes de la planète, de Thomas Lipton à Ernesto Bertarelli et Larry Ellison en passant par Harold Vanderbilt. Depuis une dizaine d’années, les défis s’y montent sur des bateaux à foils. «Le développement actuel très rapide des bateaux à foils doit tout à l’America’s Cup, continue Matthew Sheehan. Dès l’origine, cette course a voulu présenter au monde les dernières innovations en matière de design et technologie, d’où le besoin d’importantes ressources pour financer les recherches.»

Innovations et technique

La recherche et le développement. C’est l’autre argumentaire de poids du foiling: oeuvrer à considérablement réduire la consommation énergétique au niveau planétaire. «90% des échanges commerciaux se font par voie maritime, ce qui représente la cinquième pollution mondiale», explique Jérémie Lagarrigue, créateur et directeur général de Hydros, une entreprise basée à l’EPFL qui se concentre notamment sur la mise au point des bateaux plus performants et moins gourmands en énergie. «Le foiling sur des bateaux de course, c’est très bien pour les records et les sensations à bord, mais ça n’est pas tout. Dans l’univers industriel, les foils apportent une réelle plus-value.» Ils permettent de réduire les frottements avec la surface, donc d’aller plus vite et de consommer moins de carburant. «Grâce aux développements technologiques que nous avons mis au point, nous sommes capables de faire baisser de 30% la pollution mondiale relative au transport maritime», promet Jérémie Lagarrigue.