La médaille du courageQuand Hao Zhang envoie valser sa partenaire à trois mètres du sol, il y met la vigueur de ses 86 kilos et l'amour du travail bien fait. Aucun couple n'avait jamais tenté le quadruple Salchow en compétition. Quand la délicate Dan Zhang, 42 kilos, sans lien de parenté avec le costaud, se tord un genou à la réception, percute la balustrade, puis titube quelques pas de danse, hagarde, avec l'énergie du désespoir, Hao l'enserre si fort à la taille, pour l'arrêter, pour la ramener à la raison, qu'il semble la briser en deux. La menue demoiselle ne sourcille pas. Sur son visage stoïque, une larme menace, mais n'émerge pas - quand de la douleur un champion ressent, point de simagrée il ne consent, dit un proverbe chinois. Dan erre sans but, pliée en deux; demande aux juges de reprendre son programme, pliée en quatre. Si elle avait été boxeur, son camp aurait jeté l'éponge. Hao propose son physique de lutteur en guise de soutien, mais la belle n'en veut pas: elle exécute les dernières sarabandes sans accroc, remporte la médaille d'argent, puis quitte le Palavela comme elle y était entrée, avec une équanimité effrayante.

«J'ai cru que tout était fini, dira-t-elle. Les Jeux sont une aventure trop précieuse. Je ne voulais pas abandonner pour si peu.» «J'étais vraiment désolé pour Dan, sourit Hao, mais nous ne voulions pas renoncer. Quand la musique a repris, nous étions égarés. Nous n'avions plus de repères.» Au petit matin, la patineuse a encore déclamé son sens du devoir, moins en chair qu'en os, sur le plateau de la chaîne NBC. «La belle et la bête», ont plaisanté quelques fans, ce dont Dan a conçu une affliction insoupçonnée: «Hao est attentionné et beau. Je trouve profondément injuste de l'appeler «la bête». Quand j'étais à l'hôpital, il est resté à mon chevet des jours entiers. Il prend soin de moi comme une mère.»

Dan Zhang souffrirait d'une distorsion des ligaments externes du genou gauche. Le médecin de la délégation chinoise n'a pas confirmé. Longtemps encore, dans la mémoire populaire, subsistera l'image d'une souffrance refoulée, irrationnelle et émouvante; sauf aux yeux de Tatiana Totmianina, sacrée championne olympique avec Maxim Marinin: «Je n'ai rien ressenti de spécial envers Dan Zhang. A l'échauffement, ce couple était assez agressif et ne nous a pas laissé nous préparer correctement. Il était déjà à la bagarre. Il l'a bien cherché.»