Tennis

La folle journée de Roger Federer à Genève

Flanqué de Björn Borg, le Bâlois est venu vendredi dans la Cité de Calvin vendre sa Laver Cup lors d’une journée marathon. Ses efforts ont été largement récompensés

«C’est à vous dans douze secondes», annonce un officiel à oreillette posté devant la porte-fenêtre. Roger Federer serre une dernière main, rajuste son veston. «Cinq secondes…» Björn Borg l’invite à passer le premier; Federer, respectueux du droit d’aînesse, lui retourne la politesse. La porte s’ouvre à la seconde près… et quarante minutes de retard. Ceux qui avaient visé la pause de midi sont repartis travailler mais il reste un millier de personnes massées dans le parc des Bastions, au pied du Palais Eynard, pour accueillir Björn Borg et surtout Roger Federer sous les acclamations et les décibels de Highway to Hell.

Le champion bâlois n’est pas venu par l’autoroute. Il a pris l’avion, réflexe de businessman pour cette escapade lestée d’un agenda de ministre et bénéficiant d’égards de chef d’Etat. Federer est de passage à Genève pour promouvoir la troisième édition de sa Laver Cup, qui n’aura lieu qu’en septembre (du 20 au 22 à Palexpo) mais dont les billets étaient mis en vente ce 8 février à 10 heures. De son atterrissage à 9h sur le tarmac de Cointrin aux dernières interviews à 14h, il n’aura pas eu une seconde de répit, aucun moment de solitude et à peine un verre d’eau.

Une chronique de Marc Rosset au sujet de Roger Federer: Ne pas jeter «papy» avec l’eau du bain

Ça commence par des photos sur le lac – service sur fond de Jet d’eau – destinées à situer l’édition 2019 de cette épreuve itinérante (Prague en 2017, Chicago en 2018). La barque Riva en acajou verni est plus glamour que les Mouettes genevoises. Federer tape ensuite quelques balles avec Borg sur un court installé sur la Rotonde des Pâquis. Direction ensuite le Palais Eynard où le Conseil administratif de la ville de Genève attend les deux légendes du tennis. Ils ont une bonne demi-heure de retard lorsqu’ils arrivent en conférence de presse, menée en anglais. Les deux premiers rangs sont réservés aux élus locaux.

Personne à Bienne

Björn Borg, qui a remporté son dernier titre ATP en 1981 à Genève, explique son rôle de capitaine de l’équipe européenne («Quand Roger joue, je suppose qu’il sait ce qu’il a à faire. Avec les autres, j’essaie surtout de transmettre une énergie positive et de créer un esprit d’équipe») tandis que Roger Federer fait plaisir à la presse locale en évoquant ses souvenirs genevois. «Je ne connais pas Genève aussi bien que Lausanne [il a été pensionnaire au tennis-étude d’Ecublens], mais je suis toujours heureux de venir.» La dernière fois, c’était en 2014 pour la demi-finale de Coupe Davis contre l’Italie. «Pour moi, Genève est le lieu de la Coupe Davis en Suisse. J’avais 11 ans en 1992 et je me souviens des 18 000 personnes à Palexpo pour Suisse-Brésil. Je rêvais de vivre ça un jour.»

Tous les grands médias alémaniques ont fait le déplacement. A la même heure, le tirage au sort de la rencontre de Fed Cup Suisse-Italie à Bienne n’a intéressé outre-Sarine que le Bieler Tagblatt et une radio locale. Mais Federer a-t-il encore besoin de relais médiatiques? Alors qu’il enchaîne désormais interviews radio et télé, Steve Zacks, le directeur de la Laver Cup, annonce que tous les billets des parties supérieures (les moins chers) ont été vendus.

«Tout est vendu!»

Il est difficile d’évaluer le succès financier réel de la Laver Cup. A Melbourne, le CEO de Tennis Australia Craig Tiley (partenaire de l’évènement) nous avait assuré que «la deuxième édition, déjà, a été bénéficiaire». Derrière Federer et Borg, les sponsors sont les partenaires de longue date du Bâlois: Rolex, Mercedes, Credit Suisse. Exclusivité ou manque d’intérêt des autres? La présence de Credit Suisse a incité des militants climatiques à se mêler à la foule avec panneaux et banderole.

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Federer prend le temps qu’il faut pour satisfaire le plus de gens possible. Lorsqu’il rentre, pour saluer (et le plus souvent poser avec) les invités, des sponsors installés dans le carré très privé de la zone VIP, son agent, Tony Godsick, crie victoire: «Tous les packs pour les trois jours sont vendus!» Malgré cela, la capacité (modulable) de Palexpo ne sera pas agrandie. «Nous allons rester à 17 000 places, avec environ 10% de sièges VIP», assure un responsable (zurichois) de l’organisation. Dans une autre pièce, Darius Rochebin attend son heure avec une patience d’alligator. Il est le dernier, profitera peut-être d’un Federer un peu las pour obtenir un vrai bon moment de télé. Après ça, le Bâlois pourra rentrer chez lui et préparer les tournois de Dubaï, Indian Wells, Miami. Presque des vacances.

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