Ils ne sont que deux. Deux Suisses à s'être qualifiés dans la très relevée Ligue de l'Europe de l'Ouest pour la finale de la Coupe du monde. Au final, ils sont deux... sur le podium. A Las Vegas, Beat Mändli, médaillé d'or, et Steve Guerdat, médaillé de bronze, ont réalisé l'exploit. La performance est extraordinaire mais ne tient pas à un coup de chance. Elle vient récompenser l'immense talent de deux cavaliers.

Beat Mändli a mené sa finale comme il a mené sa saison. Sans coup d'éclat mais avec la régularité prodigieuse d'un métronome. Neuvième de la 1re manche - sans sa faute, il était 2e -, 2e de la 2e manche et encore 2e de la 3e manche. Une performance qui correspond bien au laborieux et timide Schaffhousois. Les interviews semblent pour lui une épreuve, mais face à l'obstacle, l'opiniâtreté le dispute au talent. «J'ai attendu mon soir, déclare posément Beat Mändli. Cette victoire, je la voulais et je me suis battu pour.» Toujours brillant, très souvent classé, le cavalier de 37 ans peut compter sur une monture d'exception. Le numéro onze mondial forme avec Ideo du Thot un des couples les plus réguliers du circuit international.

Mais un bon cheval ne suffit pas à Las Vegas. Sur la minuscule piste, tout s'enchaîne très vite et le pilotage se doit d'être parfait. Une erreur dans ces conditions peut coûter très cher. Et ce n'est pas la numéro un mondial, Meredith Michaels-Beerbaum, qui dira le contraire. Leader du classement provisoire avec Steve Guerdat, un écart de son cheval l'a projetée par terre à la réception de l'ultime obstacle. Eliminée. Adieu toute chance de médaille.

Parfait jusqu'au bout, Beat Mändli a enfin reçu la consécration qu'il méritait. Le Schaffhousois est du genre valeur sûre, celui que la fédération envoie à tous les grands concours. Pas assez rapide peut-être ou pas assez audacieux, il n'avait pourtant jamais réussi à se hisser sur le podium d'un grand championnat en individuel. Aujourd'hui, c'est chose faite et il peine à y croire. «C'est ma première victoire dans une telle compétition, j'ai du mal à en réaliser la portée.» Il n'est que le deuxième Suisse de l'histoire à s'emparer de cette médaille depuis Markus Fuchs en 2001. Mais, même épuisé, submergé par l'émotion, Beat Mändli ne perd pas le nord. «Maintenant, je veux devenir champion olympique». Rendez-vous à Pékin.

Une semaine auparavant, Steve Guerdat, dans ses nouvelles écuries zurichoises: «On va aller à Pékin pour gagner des médailles, c'est sûr.» Le jeune Jurassien a lui aussi signé une saison indoor magnifique. Avec son impressionnante Jalisca Solier, il a remporté deux épreuves comptant pour la Coupe du monde.

C'est un peu par hasard, au fil de victoires remarquées, qu'il s'est qualifié pour la finale américaine. Certes, grâce à son ami et mécène Yves Piaget, son écurie était bien fournie, mais aucun de ses chevaux n'avait jamais tourné au plus haut niveau il y a encore un an. Pour la finale, il est l'un des seuls cavaliers à n'avoir pas choisi son cheval de tête. Sa jument est trop délicate et difficile à monter pour la petite piste de Vegas. C'est donc avec l'étalon Trésor qu'il s'envole pour la finale.

Motivé mais sans trop d'espoir de pouvoir s'illustrer. «Si tout va bien, Trésor est capable de finir dans les cinq premiers, mais ça serait vraiment un exploit», reconnaissait le jeune cavalier. Exploit, il y a eu. Monté de main de maître, l'étalon belge a tout donné. «Il a sauté à 150% de ses capacités tous les jours», s'enthousiasme Steve Guerdat.

Quatrième de la 1re manche puis de la 2e, Trésor et son cavalier se retrouvent leaders ex aequo du classement provisoire avant la dernière manche. Mais là, l'étalon a dû rendre les armes. «Il a encore été fantastique dans la première manche et n'a fait qu'une petite faute qui tenait de la malchance, raconte le Jurassien. Mais dans la deuxième manche, il était fatigué mentalement et il a un peu abandonné.» Résultat: deux nouvelles barres qui relèguent le couple au douzième rang et le privent de victoire. Mais pas de podium. «Sur le moment, j'étais un peu déçu parce que j'étais si près de la victoire...»

Steve Guerdat a mis un peu de temps pour savourer son exploit. Et malgré la performance de son étalon, il sait que la saison prochaine ne sera pas facile. Jalisca, opérée d'une colique, aura besoin d'au moins trois mois pour revenir en concours. Et Trésor ne pourra pas faire de tels efforts tous les week-ends. Mais à Pékin, avec son ami Beat, c'est sûr, il visera un autre podium.