Football

Fonçant vers la Super League, Zurich écrase Servette sur son passage

L’affiche la plus prestigieuse de l’histoire de la Challenge League a tourné à la démonstration. A Genève, Zurich a confirmé sa réputation de «possible meilleure équipe suisse après Bâle» (0-4)

Comme s’ils avaient anticipé le projet de Mondial des clubs que s’apprête à nous pondre Gianni Infantino, les divers championnats européens ont sorti leurs habits de fête ce week-end pour proposer leurs plus beaux classiques: Atlético Madrid-Real Madrid en Espagne (0-3, triplé de Cristiano Ronaldo), Borussia Dortmund-Bayern Munich (1-0, première défaite du Bayern), Manchester United-Arsenal (1-1).

Après ces aimables levers de rideau (seul le derby AC Milan-Inter, 2-2, avait lieu dimanche soir), place aux choses sérieuses dimanche 15h avec, pour la 159e fois de l’histoire, l’affiche Servette-FC Zurich. De la Challenge League certes, mais tout de même les troisième et quatrième palmarès de Suisse: 17 titres de champion pour les Grenats, 12 pour le FCZ. Seul un FC Bâle-Grasshopper est plus ronflant.

Deux niveaux de jeu différents

Au printemps dernier, il y avait encore deux ligues d’écart entre les deux équipes. Servette est remonté de Première Ligue, Zurich descendu de Super League, décrochant tout de même une Coupe de Suisse dans sa chute. Ils se retrouvent donc mais ne boxent toujours pas dans la même catégorie. Avec ses 25 millions de francs de budget, son effectif quasi inchangé et un entraîneur de qualité (Uli Forte), Zurich est un Young Boys ou un FC Sion égaré en Challenge League.

Il ne compte pas y faire de vieux os et, entre deux performances en Europa League, avance à marche forcée dans son pensum (aucune défaite, meilleure attaque, meilleure défense, 10 points d’avance sur Neuchâtel Xamax) soutenu partout par une cohorte de supporters fervents. Trois quarts d’heure avant le coup d’envoi, ils sont un millier de membres de la Zurcher Südkurve à descendre du train spécial en gare de la Praille, sweat à capuche bleu nuit, drapeau roulé sous le bras et fumigènes planqués dans le slip.

Défense à cinq pour Servette

«C’est toujours comme ça», explique Lorik, supporter zurichois venu… d’Echallens. «On était même plus nombreux à Aarau; pour la première journée, il y avait 13 000 spectateurs au Letzigrund; au Mont, on a rempli le stade.» Craignant la puissance du nombre, la Swiss Football League a classé la rencontre en code rouge.

Anthony Braizat a dû faire le même constat. L’entraîneur genevois aimerait bien être le premier à faire chuter le leader mais pareille ambition lui avait coûté un sec 3-0 au match aller le 22 septembre. Alors Servette y va prudemment. Sa défense à cinq apporte les garanties nécessaires mais le milieu de terrain, dominé, en paye les conséquences. Seule une frappe de Maouche (15e) manque de faire mouche: l’ancien gardien du FC Sion Andris Vanins détourne.

Zurich fait constamment planer la menace

Zurich n’est pas beaucoup plus dangereux offensivement mais la puissance de ses attaquants fait peser une menace constante sur la défense servettienne. A la demi-heure de jeu, Dzengis Cavusevic est légèrement bousculé par Christopher Mfuyi. Penalty, estime l’arbitre. Servette proteste. Comme il y a exceptionnellement deux arbitres de surface (le quintet arbitral se prépare pour l’Europa League) et que l’écran géant du stade est toujours désactivé (litige avec le fournisseur), autant faire confiance à l’arbitre. Buff piétine sa course d’élan à la Simone Zaza mais place le ballon sous la barre transversale de Jérémy Frick (0-1).

Zurich manque de plier l’affaire dès la reprise. Dans l’axe, Antonio Marchesano lance Roberto Rodriguez qui la joue trop collectif (à moins qu’il n’ait manqué sa pichenette devant le gardien) et donne un mauvais ballon à Cavusevic, seul à cinq mètres.

«Jusqu’à l’expulsion, nous étions dans le coup»

Le match tourne tout de même dans ces instants-là. Anthony Sauthier met une semelle à Kay Voser. Le carton jaune est indiscutable (l’ancien joueur de Fulham sortira sur une civière) mais le Grenat réplique vertement, l’arbitre voit rouge et Servette se retrouve marron. A 10 Genevois contre 11 Zurichois meilleurs collectivement et individuellement, la fin de match est une formalité un peu ennuyeuse, égayée par trois buts de Roberto Rodriguez (qui cette fois réussit sa pichenette, 0-2, 65e), Sangoné Sarr, comme à l’entraînement (0-3, 75e) et Adrian Winter, parti dans le dos de la défense (0-4, 84e).

Sévère pour Servette, indiscutablement moins fort que son adversaire du jour mais désarçonné par deux faits de jeu. «Jusqu’à l’expulsion, nous étions dans le coup, et Zurich n’avait pas beaucoup d’occasion non plus», souligne l’attaquant Alexandre Alphonse. «A haut niveau, le football se joue sur des détails», lui répond son entraîneur Anthony Braizat, déjà tourné vers le prochain match au Mont. «Ce sera dur», prévient-il. Le train bleu du FC Zurich, lui, est reparti joyeux. Il file vers la Super League.

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