«Nous sommes en face de quelqu'un qui n'honore pas ses engagements et pose des conditions supplémentaires pour le faire. Vous trouvez cela normal?» Ainsi s'exprime Mark Schipperijn, directeur financier au Département de l'aménagement du canton et membre de la Fondation du Stade de Genève (FSG). Objet de son ressentiment: la proposition de règlement du différend qui oppose la Fondation à la Société d'exploitation du stade (SESG); proposition transmise via fax hier par Me Dominique Warluzel, l'avocat de Marc Roger, actionnaire majoritaire de la SESG et patron du Servette FC.

Le litige, rappelons-le, porte sur un simple chiffre: 462 000 francs dus contractuellement par la SESG à la Fondation. Soit 300 000 francs pour le rachat du capital-actions, et 162 000 au titre des trois quarts de la redevance annuelle fixée afin d'administrer ladite Société d'exploitation. Ces montants, déterminés en février, n'ont toujours pas été réglés par la SESG, plus d'un mois après la date butoir du 30 septembre.

Pourquoi? Me Warluzel l'a récemment expliqué (lire Le Temps du 27 octobre 2004): «Dans un souci de cohérence et dans l'idée de créer une synergie économique, Marc Roger a souhaité, en février dernier, gérer conjointement le club et le stade. Mais comme Servette était à l'agonie, tout s'est fait dans l'urgence. Il n'était pas question de prendre le temps de mener un audit alors que le club était mourant. Et à l'usage, Marc Roger a constaté qu'il s'était trompé, que l'exploitation du stade ne pouvait être rentable aux conditions actuelles.»

La Fondation, elle, n'en démord pas: elle veut l'argent promis. Fin octobre, les deux parties conviennent que Me Warluzel, au nom de la SESG, établira de nouvelles propositions à la Fondation d'ici au 8 novembre. Dont acte. Ce texte, tel que reproduit par la Tribune de Genève, ne conteste pas le versement des 462 000 francs, mais le soumet à plusieurs modalités, dont: la rediscussion des contrats liant la SESG avec, notamment, Compas (les buvettes du stade), Feldschlösschen, La Praille SA (loyers), EVP (images dans le stade), le tout sans que la Fondation n'interfère dans les négociations; la finition des travaux (en particulier de l'Event Center) à la charge de la FSG; une nouvelle redevance avec un fixe de 100 000 francs par année, et une part variable de 10% au-delà de 2 millions de chiffre d'affaires annuel.

Joint hier, Me Warluzel commente: «Il s'agit d'une proposition économiquement et moralement raisonnable. Asphyxier la SESG n'aiderait personne, puisque son destin financier et celui de la FSG sont liés. Cependant, en cas de blocage, je ne suis pas inquiet à l'idée de me retrouver devant la justice. J'ai suffisamment d'atouts dans ma manche. Les gens de la Fondation devraient faire preuve de davantage de recul et d'expérience dans cette histoire.»

La réponse donnée au Temps par Mark Schipperijn tranche avec ce discours: «Nous n'entrerons pas en matière sur le report de ce qui est dû par contrat à la Fondation. A ce jour, nous n'avons pas reçu un franc de la SESG et en sommes déjà au niveau des poursuites légales. Si l'affaire va au tribunal, nous aurons un dossier solide. Pour quelle raison la FSG devrait-elle s'engager maintenant sur la base de conditions qui n'existaient pas dans les contrats paraphés en février?»

Au passage, M. Schipperijn critique la méthode de renégociation avec les sociétés tierces, qui «n'offre aucune garantie d'être maîtrisée. Que se passera-t-il si ces pourparlers n'aboutissent pas?»

En résumé, la position de la Fondation s'apparente à un «payez d'abord, on causera après». Ce qui ne l'empêchera pas de scruter à la loupe les implications du texte signé Dominique Warluzel, ni de lui écrire ces tout prochains jours en lui posant un certain nombre de questions. «Si les réponses fournies ne sont pas satisfaisantes, conclut M. Schipperijn, le Conseil de Fondation statuera sur l'attitude à adopter lors de son assemblée du 25 novembre.» Attitude qui, pour l'heure, paraît granitique: statu quo dans l'impasse.