Leo a sauté de joie. «Vous voyez, ils sont plus d’un milliard, et nous seulement 7 millions. Mais on a tenu bon!» a tout de suite réagi ce supporter, fier de son t-shirt rouge barré d’un «Hongkong Super» écrit en blanc. Mardi soir, dans l’ancienne colonie britannique, la Chine a été contrainte au match nul (0-0), comme en septembre chez elle. Un résultat qui complique sa qualification pour la Coupe du monde de 2018 en Russie. Il ne lui reste plus qu’un match à jouer alors que le Qatar et Hongkong occupent les deux premières places du groupe.

La rencontre d’hier soir valait cependant tout autant par sa symbolique politique. Il y a une année, le mouvement des parapluies paralysait plusieurs grandes artères de la mégalopole pour contrer une réforme politique décidée à Pékin. En juin, la réforme a fini par échouer devant le parlement. Depuis des mois, les tensions entre les Hongkongais et les Chinois du continent grandissent. Au football aussi.

Il faut dire que la situation n’est pas simple. Hongkong a bien été rétrocédée à la Chine en 1997, sous le principe «Un pays, deux systèmes», mais elle a gardé son équipe de football. En revanche, son hymne est devenu celui de la République populaire. Lors d’une rencontre face au Qatar, en septembre, les fans hongkongais ont hué la «Marche des volontaires», ce qui a valu à la fédération hongkongaise (HKFA) une amende de la part de la FIFA.

Prétextant une pelouse en mauvais état après une récente compétition de rugby au Hongkong Stadium (40 000 places), les autorités de Hongkong ont choisi un petit stade pour affronter le «grand frère». D’une capacité de 6000 sièges, dont 500 attribués aux supporters chinois, le Mongkok Stadium permettait surtout de tenir à l’écart les éventuels perturbateurs. «Une grande honte», alors qu’il s’agissait du «plus grand et plus important match à Hongkong depuis des décennies», a critiqué le patron de la HKFA. Une opinion partagée par de nombreux observateurs.

«Une équipe noire, jaune 
et blanche»

Les tensions ont aussi été attisées par la Chine. Cet été, les fans ont vu dans une affiche de la fédération chinoise une attaque raciste à l’égard de leur équipe. On pouvait y lire: «Cette équipe est faite de gens noirs, jaunes et blancs. Nous devons être vigilants face à un tel mélange!»

John s’en moque. Comme Leo, il a lui aussi crié «Nous sommes HK», tout du long du match d’hier, et bien des slogans orduriers contre les Chinois, prononcés en cantonais. «Cela me rappelle l’an dernier, lors des manifestations. Je sens l’esprit de Hongkong vibrer de nouveau», s’est réjoui ce trentenaire.

Le match nul d’hier soir avait donc un goût de victoire pour les supporters hongkongais. Les plus anciens se souviennent peut-être d’un autre match, il y a trente ans, lorsque leur équipe avait barré la route à la Chine dans sa qualification pour la Coupe du monde de 1986.

Un tel échec ne serait pas du goût de Xi Jinping. Le président chinois est connu pour adorer le ballon rond. A Manchester, le mois dernier, lors de son voyage au Royaume-Uni, il s’est laissé prendre en selfie avec David Cameron et Sergio Aguero, star de Manchester City. Plus encore, Xi Jinping a formulé voici quelques semaines trois vœux, qui ont valeur d’objectifs dans la Chine communiste: que son pays se qualifie pour une autre Coupe du monde, en organise une et en remporte une.