La Bundesliga, privée brutalement, après l'écroulement du groupe de médias Kirch en 2002, d'une importante partie des droits de télévision à l'origine des années fastes du football allemand, doit encore plus se serrer la ceinture pour la saison 2003-2004, qui débute vendredi.

Gel, voire diminution des salaires, prise en compte de la réussite des joueurs, primes seulement en cas d'objectif atteint, une politique de transferts prudente et de préférence sans indemnité: les dirigeants des 36 clubs des 1re et 2e divisions se surpassent en ingéniosité pour économiser de l'argent et équilibrer leur budget.

«Chaque club lutte pour sa survie. Tout est à la baisse», constate Ottmar Hitzfeld, entraîneur du Bayern Munich, pourtant le club le plus riche avec un budget de 60 millions d'euros.

L'endettement s'est encore aggravé la saison dernière de 83 millions d'euros, pour s'élever à 682 millions d'euros, et le chiffre d'affaires s'est rétréci de 1,3 à 1,1 milliard d'euros, selon le bihebdomadaire du football Kicker.

Alors que le magnat allemand Leo Kirch avait promis 1,5 milliard d'euros pour quatre saisons jusqu'à l'été 2004, les clubs n'ont touché que 290 millions, au lieu des 360 millions d'euros promis pour la saison écoulée.

Née des cendres de Kirch, l'agence suisse Infront, dont l'un des propriétaires est l'homme d'affaires français Robert Louis-Dreyfus, a garanti 290 millions d'euros pour la nouvelle saison. Ensuite, la manne risque d'être encore plus parcimonieuse.

En Ligue des champions, les performances mitigées des clubs allemands se sont soldées par un manque à gagner de 25 millions d'euros concernant les droits de télévision.

Quelque 200 footballeurs professionnels sont au chômage, selon le syndicat des joueurs. Une situation qui incite le président suisse de Kaiserslautern, René C. Jaeggi, à proposer à certains joueurs des contrats plus longs mais avec des salaires réduits. «Les joueurs doivent réfléchir à ce qui leur importe plus dans ces temps difficiles: de gros salaires ou un emploi sûr», a-t-il souligné.

Le marché des transferts s'est effondré. Les 18 clubs de l'élite ont investi environ 32,5 millions d'euros pour de nouveaux joueurs contre 105 millions la saison dernière et 150 millions en 2001-2002. En attendant l'éventuel engagement de l'international néerlandais Roy Makaay par le Bayern Munich pour 15 à 18 millions d'euros.

Berlin a acquis les internationaux allemand Fredi Bobic (Hanovre), croate Niko Kovac (Bayern Munich) et polonais Artur Wischniarek (Bielefeld) sans bourse délier.

Quant aux primes, Dortmund honore seulement la qualification en Ligue des champions d'un supplément en fin de saison, les joueurs de Leverkusen doivent se qualifier pour la Coupe de l'UEFA afin d'améliorer leur ordinaire, et le Bayern Munich, en Ligue des champions, prévoit environ 50 000 euros pour chaque joueur uniquement en cas de qualification pour les huitièmes de finale.

Si de nombreux dirigeants ont accepté une réduction de leurs émoluments, d'autres clubs taillent dans la masse salariale en diminuant le groupe. Bochum espère passer la saison avec seulement 22 joueurs. Le promu Francfort a renoncé à engager un entraîneur spécial des gardiens.

Par contre, les abonnements marchent plutôt bien et les parraineurs, dont le sigle figure sur les maillots, battent tous les records avec près de 95 millions d'euros, après que Hambourg, dernier club sans parraineur-maillot, eut finalement trouvé un sponsor principal deux jours avant le début de la saison.

Contrairement à d'autres championnats européens connaissant de graves problèmes financiers, «les joueurs touchent régulièrement leur salaire chez nous», se réjouit toutefois Ottmar Hitzfeld.