Ah, comme le football serait parfait s’il n’y avait pas les joueurs… Ou, à la rigueur, si ceux-ci voulaient bien se borner à obéir à l’entraîneur et à faire ce que l’on attend d’eux, comme sur les écrans de jeux vidéo. Courir, «mouiller le maillot», tout donner pour leurs couleurs, tout le temps, à tous les matchs. Et à côté, se taire ou débiter des émotions préprogrammées: la joie en cas de victoire, la tristesse en cas de défaite, la frustration en cas de match nul.

Les supporters, qui vivent assez mal d’avoir été remplacés depuis le début de la pandémie de Covid-19 par des animations graphiques et des chants enregistrés, sont paradoxalement les plus fervents à exiger la même robotisation des joueurs. Y compris de leurs joueurs, ceux dont ils financent les salaires via les tickets de saison pour les plus chanceux, les abonnements télé multiples pour les autres, l’achat de la gamme complète de maillots pour tous. Le client est roi, l’actionnaire-supporter en veut pour son investissement, alors le joueur s’exécute ou s’excuse.