Ce n'est désormais plus qu'un secret de polichinelle: la Superligue européenne de football devrait voir le jour avec le troisième millénaire. Ce championnat, conçu par les clubs les plus riches, leur permettrait de s'affranchir de la tutelle de l'UEFA dès la saison 2000-2001, de redistribuer les règles d'entrées et de sorties d'argent et partant d'asseoir définitivement leur domination financière. Pour l'heure, la Ligue des champions reste la poule aux œufs d'or du football continental. Et Grasshopper espère y prendre part.

Pour cela, il faut éliminer les Turcs de Galatasaray. Le match aller a lieu ce soir (18 heures) au stade Ali Sami Yen d'Istanbul. Un adversaire qui avait battu l'an dernier, à ce même stade de la compétition, le FC Sion sur le score sans appel de 8-2 (4-1 à deux reprises). Avec Taffarel, gardien du Brésil lors du dernier Mondial, les internationaux roumains Popescu, Filipescu et Hagi, ainsi que le buteur Hakan Sukur, les Turcs partent favoris de cette double confrontation (match retour le 26 août).

Créée en 1991-92 pour remplacer la Coupe des clubs champions, la Ligue des champions est le fleuron de l'UEFA (Union européenne de football association). Lors de l'édition 1997-98, l'organisation faîtière du football continental a distribué 209 millions de francs suisses aux 24 participants, dont 20,775 millions de francs au Real Madrid, vainqueur du trophée. Pour cette saison, les sommes ne vont pas diminuer et la formule ne va que très peu changer. Les 24 «heureux élus» sont répartis désormais en quatre groupes de six, au lieu de six groupes de quatre la saison passée.

Le début de l'épreuve est fixé au 16 septembre prochain. Huit équipes – le Real Madrid, tenant du titre, et les champions des sept associations les plus performantes – sont qualifiées directement. Les seize vainqueurs du 2e tour préliminaire, match aller ce soir, complètent le tableau des participants. Manchester United, le Bayern Munich et l'Inter Milan, grands du football européen, sont notamment engagés ce mercredi pour décrocher un ticket qualificatif. Mais aussi Grasshopper, vainqueur fin juillet lors du premier tour préliminaire des Luxembourgeois de Jeunesse d'Esch.

Les Zurichois, forts de deux participations, ont déjà tiré quelque profit de cette manifestation. Lors de la saison 1995-96, la victoire sur les Israéliens de Maccabi Tel Aviv qualifiait pour la première fois un club suisse à ce niveau de la compétition. Une participation qui rapportait 3,275 millions de francs aux «Sauterelles». La saison suivante, les Zurichois prenaient le dessus sur les Tchèques de Slavia Prague et manquaient d'éliminer Ajax d'Amsterdam. Le brillant parcours (trois victoires) rapportait tout de même 5,375 millions.

On comprend aisément que Grasshopper lorgne avec intérêt sur une troisième participation: deux millions de francs sont assurés comme prime de départ, ainsi qu'un million pour chaque victoire et 500 000 francs pour tout match nul, plus les droits de télévision. A ces montants versés par l'UEFA, il faut ajouter les recettes aux guichets (spectateurs). Mais Georges Perego, directeur administratif de Grasshopper, relativise l'importance de ces sommes: «Chaque année, les budgets des clubs augmentent, alors que les sommes versées par l'UEFA restent les mêmes. Et il ne faut pas oublier qu'une participation à la Ligue des champions coûte beaucoup d'argent: primes aux joueurs, frais occasionnés par les mesures de sécurité.»

Selon une étude de la Banque Vontobel, le budget de Grasshopper varie de 18,2 millions de francs (participation à la Ligue des champions) à 13,4 millions de francs (pas de participation). La Ligue des champions exige un effectif considérable – ils sont actuellement 24 joueurs sous contrat. Si d'aventure Grasshopper ne pouvait participer au festin européen, nul doute qu'il lui faudrait dégraisser et se séparer de certains joueurs, même prestigieux.