Au-dessus du tableau d'affichage de la Pontaise flotte le drapeau du Lausanne-Sports entouré par ceux du Touring Club Suisse. Une entreprise spécialiste des pannes associée à un club à l'arrêt. Mais cela vaut-il encore la peine de s'évertuer à réparer une équipe si faible? Après la pitoyable défaite concédée par le Lausanne-Sports face à des Argoviens sans génie (0-3), un responsable du club posait ouvertement la question: «Ne vaudrait-il pas mieux faire table rase, effectuer une saison en LNB pour se débarrasser de joueurs inutiles et repartir de zéro?»

Devant 1450 spectateurs, dont plus de supporters argoviens que vaudois, Lausanne a touché le fond. Pas de mouvement, des erreurs individuelles grossières, aucune solution offerte au porteur du ballon, une relance inexistante et surtout une nonchalance coupable. Lorsque Rolf Fringer, l'entraîneur d'Aarau, évoque «la réussite» de ses troupes, il ne croit pas si bien dire. Les Suisses allemands ont fait preuve d'opportunisme. Disposé en 5-3-2, sans montée systématique de ses latéraux, Aarau était venu défendre. Mais s'acharner à refuser les cadeaux lausannois aurait pu être assimilé à de la goujaterie. Dès la 6e minute, Melunovic tire un corner qui lobe toute la défense. Page pousse la balle au fond des filets. A la 30e minute, Gil catapulte de la tête sous la barre un centre du même Melunovic, avant que Gygax ne scelle le score en reprenant une balle repoussée par Zetzmann suite à un tir d'Okpala.

Côté lausannois, c'est le néant. Meoli rend la balle aux Argoviens à chaque relance, Puce perd des ballons dans l'axe, Margairaz se démène mais échoue à chaque tentative de passe. Les duels? Ils nécessitent deux protagonistes. Dans le cas présent, les visiteurs slaloment entre les Lausannois comme Alberto Tomba entre les piquets. Pire encore, le manque de conviction des joueurs, à l'image d'Isaïas. Justement remplacé avant la mi-temps par l'entraîneur Radu Nunweiler, il se permet de disparaître fâché dans les vestiaires. Détestable attitude après une performance frisant l'insulte au maigre public. Seul Zambaz tente quelque chose sur son côté droit, se bat, court, parfois sans réussite mais toujours avec du cœur. Radu Nunweiler le relèvera d'ailleurs en conférence de presse: «lorsqu'on voit Zambaz, exemplaire capitaine, je trouve que ses coéquipiers devraient se sentir gênés en face de lui.» La référence à Isaïas est à peine voilée. Devant, Thiaw ne se résigne pas, et le jeune Simon effectue quelques débordements con- vaincants sur son aile droite. Peut-être encore un peu tendre, il est néanmoins infiniment plus utile que Chavériat, stupidement expulsé à l'heure de jeu, et dont l'échec à Saint-Etienne devient jour après jour plus explicable.

Radu Nunweiler doit tomber de haut, lui qui espérait avant la reprise du championnat «faire revenir le public à la Pontaise et faire pratiquer à [son] équipe un jeu construit et réfléchi. Si ce double pari est gagné, les victoires devraient suivre d'elles-mêmes». Samedi, son analyse d'après-match était sans concession. «Chacun doit comprendre qu'on est une équipe moyenne, voire faible. N'oublions pas que notre contingent est composé de garçons qui ont peiné la saison passée en première ligue. Le saut en LNA est immense. Il faut voir la vérité en face. L'Intertoto a donné l'impression que nous étions une équipe solide, ce n'est pas le cas. Nous sommes dans une situation difficile, nous nous dirigeons vers… je ne veux pas dire le mot. Certains n'ont pas pris conscience qu'il faut se battre, ils ont le sentiment d'être arrivé parce qu'ils jouent en LNA. Il nous faut de la fierté et du respect vis-à-vis de notre public, nous devons être professionnels.»

Reste à trouver des remèdes. Des sanctions financières ne sont pas à l'ordre du jour, l'entraîneur vaudois ironisant sur le niveau des salaires. «Des retenues de salaire forceraient les joueurs à manger des cailloux.» Le contingent est réduit, saigné semaine après semaine (derniers départs en date, Masudi et Kuzba, «nos meilleurs éléments»). Le salut viendra peut-être des renforts. Saso Udovic a signé la semaine dernière, mais Radu Nunweiler ne le juge pas compétitif pour le moment. Seule bonne nouvelle du week-end pour les Lausannois, Charles Wittl a signé un contrat hier matin.

Sur le banc lausannois, on remarquait un maillot jaune, celui d'ordinaire dévolu aux leaders. Las, c'est le soigneur qui l'arborait. Au contraire, Lausanne conforte sa place de lanterne rouge du championnat de Suisse, avec 1 point en 5 matches, 4 buts marqués et 12 encaissés. La barre se situe déjà à huit points.