Entre la 23e et la 24e journée des championnats de Super League et de Challenge League, il se sera écoulé, pour les raisons que chacun sait, 117 jours de pause. Ce vendredi, la diète prend fin et l’orgie commence: les 20 équipes professionnelles suisses vont disputer 13 rencontres en 44 jours, soit environ un match tous les trois jours en moyenne, pour que la saison 2019-2020 soit bouclée au soir du 2 août.

Elle restera forcément dans les mémoires pour son imprévue et interminable interruption, mais aussi pour les conditions extraordinaires de sa reprise. Les circonstances exceptionnelles ont entraîné l’introduction de mesures inédites, avec lesquelles joueurs, dirigeants et supporters devront composer cet été au moins.

Des règles modifiées

Pendant un mois et demi, le calendrier est si chargé que des matchs se dérouleront en Suisse tous les jours de la semaine à l’exception du lundi. La 24e journée s’étale ainsi entre ce vendredi et dimanche, et la 25e débutera dès le surlendemain avec le derby bernois entre Thoune et Young Boys. Ce rythme va mettre les organismes des joueurs à rude épreuve. Pour les soulager, les entraîneurs auront la possibilité d’effectuer cinq changements par match (mais en trois vagues au maximum).

Cette adaptation, rendue possible à la suite d’une décision de l’International Board qui régit les lois du jeu, a été adoptée un peu partout en Europe. Inconvénient: elle tendra à favoriser les équipes disposant des bancs les mieux garnis – c’est-à-dire les plus riches.

Il a aussi fallu régler la question des transferts de joueurs intervenant à l’expiration d’un contrat, mais avant la fin réelle de la saison. La commission des transferts de la Swiss Football League a confirmé cette semaine que la seule possibilité pour être aligné en cette fin de saison au sein d’un nouveau club était d’avoir été licencié en raison de la crise. Ce sera le cas de Xavier Kouassi et Johan Djourou, remerciés par Sion et embauchés par Xamax, mais pas de Serey Dié, qui a fait le chemin inverse sans avoir été viré par Neuchâtel.

Des stades (presque) vides

A leur grand désarroi, les clubs n’auront pas la possibilité de garnir leurs stades comme ils l’entendent. Pour la reprise ce week-end, ils seront même presque vides: seules 300 personnes seront tolérées à l'intérieur, dont 200 individus nécessaires à la seule tenue du match (équipes, staffs, officiels, techniciens, représentants des médias). Les clubs sont libres de faire ce qu’ils veulent de la centaine de places restantes, et beaucoup les ont attribuées à leurs supporters fidèles ou aux membres de leurs clubs de soutien.

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Changement de régime dès la deuxième journée, suite à la décision du Conseil fédéral, annoncée vendredi, d'autoriser dès le lundi 22 juin la tenue de manifestations réunissant jusqu'à 1000 personnes. Les clubs pourront en profiter pour laisser entrer plus de supporters, mais ils devront toutefois former des groupes d'un maximum de 300 personnes pour que le traçage puisse être garanti. Il y aura donc un tout petit peu plus d'ambiance dans les stades très rapidement.

Des enjeux surtout dans l’élite

Il reste 39 points en jeu dans chacune des deux premières divisions helvétiques, mais en Challenge League, le suspense n’étouffera personne. D’une: avec 15 points d’avance sur Vaduz et Grasshopper, le Lausanne-Sport paraît intouchable dans la course à la promotion directe; de deux: il n’y aura pas de formation reléguée en Promotion League. Ne reste à se disputer que la deuxième place du classement, synonyme de participation aux barrages pour la promotion. Cette fin de saison s’annonce éminemment passionnante pour des équipes comme Aarau (8e), Schaffhouse (9e) et surtout Chiasso (10e)…

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Il en ira bien différemment dans l’élite. D’abord, et ce n’est pas habituel en Suisse, le titre sera extrêmement disputé entre le surprenant FC Saint-Gall (45 points), le champion sortant Young Boys (45) et le revanchard FC Bâle (40). Néo-promu, le Servette FC est toujours dans la course aux places européennes (37). Et enfin, la lutte contre la relégation promet d’être acharnée entre Thoune (19), Xamax (19), Sion (23), voire Lugano (26). Personne n’aura le temps de s’ennuyer ces prochaines semaines.

Les tendances à suivre

Quel football attendre de cette fin de saison? Le match de Coupe de Suisse entre le Lausanne-Sport et le FC Bâle (2-3 après prolongation), terne pendant 45 minutes mais beaucoup plus enlevé par la suite, a montré qu’il n’était pas naïf d’espérer de beaux moments sur les pelouses du pays. Pour le reste, jeter un coup d’œil en direction de l’Allemagne, où la Bundesliga a repris depuis la mi-mai, permet d’observer quelques tendances. La principale concerne la disparition de l’avantage de jouer à domicile. La saison dernière, les formations recevantes ont gagné 40% des matchs. Depuis la fin de la trêve pandémique, elles ne se sont imposées que 23% du temps, tandis qu’elles perdaient 50% des rencontres!

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Beaucoup d’interrogations subsistent quant à la capacité des joueurs à traverser ce sprint final sans pépin physique. En Allemagne, le nombre de blessures musculaires augmente et les responsables de certains clubs n’hésitent plus à reconnaître que les organismes souffrent. Cette semaine, la reprise de la Premier League en Angleterre a également été le théâtre de plusieurs sorties prématurées, dont celle du Suisse Granit Xhaka (Arsenal) après seulement cinq minutes de jeu.

Une offre télévisuelle élargie

Faute de pouvoir assister aux matchs dans les stades, il sera évidemment possible de les suivre à la télévision. Pas de changement majeur dans l’offre en ce qui concerne la Super League (toutes les rencontres disponibles sur abonnement ou pay-per-view via Teleclub, une chaque dimanche sur RTS 2), si ce n’est que Teleclub retransmettra quelques parties sur sa chaîne gratuite Zoom. Par contre, en Challenge League, il sera non seulement possible de regarder un match de chaque journée sur Zoom, mais aussi tous les autres via le système en ligne «SFL Now» sur le site officiel de la Swiss Football League.