Mondial 2018

En football, pas de mur entre le Mexique et les Etats-Unis

Trois jours après l'élection de Donald Trump, les deux pays s'affrontent dans l'Ohio. Les doubles nationaux sont nombreux de chaque côté et les interdépendances fusionnelles

Le futur président des Etats-Unis d’Amérique est un ancien joueur de football. «Mais à l’époque, on appelait ça soccer», se souvient vaguement Donald Trump. Ce supporter déclaré d’Arsenal, qui a aussi souhaité à ce «clown» d’Arsène Wenger «d’aller en enfer», sera peut-être devant sa télévision vendredi 11 novembre pour suivre un Etats-Unis-Mexique hautement symbolique trois jours après son élection surprise.

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Le match, qualificatif pour la Coupe du monde 2018 en Russie, a lieu dans l’Ohio, l’un de ces «swing states» qui a fait basculer l’élection, malgré le soutien de la star locale LeBron James à Hillary Clinton. Ici, Trump a obtenu 52,1% des voix et raflé les 18 grands électeurs de «l’Etat du Pavier». Après les violentes diatribes du candidat républicain contre les clandestins mexicains et sa promesse de construire un mur le long de la frontière mexicaine, l’affrontement sportif des deux pays est lourd de symboles. Dans les conférences de presse d’avant-match, les joueurs se sont ainsi appliqués à déminer le terrain. Entre deux tournées de «l’important, c’est les trois points», le capitaine Michael Bradley a espéré que les spectateurs «se comportent avec respect envers toutes les personnes dans le stade, qu’elles soient américaines, mexicaines ou neutres.»

Des confrontations très particulières

Il ne devrait pas y avoir beaucoup de Mexicains au Mapfre Stadium de Columbus. C’est même pour cette raison que cette arène de 25 000 places a été choisie, alors que le pays compte 26 stades de plus de 80 000 places. Ici, la proportion d’hispaniques (5,6% de la population) est l’une des plus faibles des Etats-Unis. Ici, le team USA a déjà battu cinq fois le Mexique, à chaque fois sur le même score, un 2-0 que, par ironie, les fans américains prononcent à l’espagnole: «dos a cero».

Avec ou sans Trump à la Maison-Blanche, les confrontations entre les deux meilleures nations de la zone Concacaf sont toujours très particulières. Depuis 1934, l’affiche a été proposée 65 fois. Le Mexique mène nettement (33 victoires, 18 nuls, 14 défaites) mais les Etats-Unis dominent depuis le début du XXIe siècle (11 victoires, 5 nuls, 6 défaites), grâce notamment à l’apport de joueurs d’origine mexicaine. Ils sont trois dans l’actuelle sélection de Jürgen Klinsmann pour les deux matchs décisifs contre le Mexique et le Costa Rica (le 15 novembre): le gardien William Yarbrough, les défenseurs Omar Gonzalez et Michael Orozco. D’autres, comme Armando Moreno, Edgar Castillo, Rubio Rubin, Paul Arriola ou Ventura Alvarado, ont récemment été convoqués.

Le Mexique, un eldorado pour joueurs talentueux

Comme dans le cas de la Suisse et de l’Albanie, cette influence n’est pas à sens unique. Selon une enquête de la chaîne ESPN, plus d’une centaine de joueurs double-nationaux mexicains et américains ont joué depuis 2003 dans le championnat mexicain, la LigaMX. Les grands clubs mexicains prospectent aux Etats-Unis et recrutent parmi les 35 millions d’émigrés qui y sont établis, légalement ou non. Selon «France Football», l’organisation Alianza de Futbol organise depuis 2008 des camps de détections sur le sol américain, largement destinés à la communauté mexicaine. Les talents les plus prometteurs se voient offrir des contrats au Mexique, où les salaires sont quatre à cinq fois supérieurs qu’aux Etats-Unis.

En football, l’eldorado se situe au sud du Rio Grande. Pied de nez à la politique, le rapport de force y est inversé: «France Football» cite le cas du joueur américain Joe Corona qui, chaque matin, parcourt les 27 kilomètres qui séparent San Diego de Tijuana, à rebours du flux des travailleurs frontaliers qui remontent la Californie. Né aux Etats-Unis, formé au Mexique, Corona a finalement choisi de jouer pour le team USA. D’autres ont fait le même choix, par opportunisme plus souvent que par patriotisme. Car la fédération américaine a riposté et essaye elle aussi de séduire les doubles nationaux. Elle pourrait compter sur la FIFA qui, a révélé ESPN, pourrait bientôt considérer l’engagement de jeunes doubles-nationaux au Mexique comme une violation du règlement sur les transferts internationaux de mineurs.

Les intérêts des deux pays ne sont pas toujours contradictoires. Depuis 2002, la fédération mexicaine a organisé plus de 80 matchs de ses équipes nationales aux Etats-Unis, généralement dans le sud du pays. La diaspora s’y presse nombreuse, et remplit les caisses de la société organisatrice, une filiale de la ligue américaine MLS. Le Mexique et les Etats-Unis font également cause commune pour être définitivement intégrés à la Copa America après avoir été invités pour l’édition du centenaire en juin dernier.

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