Football

Le football turc dans la tourmente

Si le monde sportif s’affiche aux côtés du président Erdogan, le championnat turc a soudainement perdu beaucoup de son attractivité pour les joueurs étrangers

L’onde de choc qui secoue la Turquie depuis la tentative de coup d’état du 15 juillet dernier ébranle un football turc déjà passablement agité en temps normal. Le Championnat d’Europe des M18, qui devait y débuter le 30 juillet, a été reporté à une date ultérieure. Le match du troisième tour qualificatif pour la Ligue des Champions, prévu mercredi (20h30) entre Fenerbahçe et l’AS Monaco, a été maintenu mais se déroulera sous très haute surveillance. «Il n’y aura aucun problème, tout est sous contrôle», promet le ministre turc des sports, Akif Cagatay Kilic.

Déjà privé de nombreux joueurs blessés ou suspendus, le «Fener» a été perturbé dans sa préparation. Le match amical du 16 juillet contre l’Olympique Lyonnais a été déprogrammé. Les Français, arrivés la veille par avion, sont repartis moins de 24 heures plus tard après avoir suivi les événements à la télévision. Parallèlement, l’OL espérait régler le transfert de Mathieu Valbuena à Galatasaray. Un projet tombé à l’eau du Bosphore depuis. Annulé également, le match de charité que le Camerounais Samuel Eto’o avait organisé pour le 16 juillet. Les stars du FC Barcelone Leo Messi et Andres Iniesta ont pris peur et Eto’o s’est engagé à rembourser les 35 000 billets vendus.

Des supporters défendent le régime en place

Le président turc Recep Tayyip Erdogan devait assister à ce match, et peut-être chausser les crampons tant il aime le football et le pouvoir qu’il procure. Le football le lui rend bien. Fait rare en Turquie, les supporters des trois grands clubs stambouliotes (Galatasaray, Fenerbahçe et Besiktas) ont mis de côté leurs querelles pour défendre, côte à côte et souvent maillot sur le dos, le régime en place. Reconnaissant, le président Erdogan a reçu le 23 juillet au palais présidentiel les quatre personnages les plus influents du football turc: le président de la Fédération Yildirim Demirören, le président de l’Association des clubs Göksel Gümüşdağ, le sélectionneur de l’équipe nationale Fatih Terim et son capitaine Arda Turan.

Arda Turan a fait allégeance à Erdogan sur Instagram avec un message sans ambiguïté: «Mon commandant en chef, c’est vous». L’attaquant Ümit Karan est allé plus loin dans une interview à l’agence Anadolu où il encourage le chef de l’état à «faire également le ménage dans le monde du sport» où les partisans du prédicateur en exil Fethullah Gülen (accusé par Ankara d’avoir organisé le putsch) «ont fait beaucoup de bénéfices grâce au football». Rare footballeur engagé dans le camp opposé, l’ex-buteur et ancien député Hakan Sükür, qui vit aux Etats-Unis, risque quatre ans de prison en Turquie pour «insulte» au chef de l’état.

L’Allemand Mario Gomez prend peur

La Süper Lig, qui ambitionnait de devenir le quatrième championnat européen d’ici 2020 (il est actuellement classé 10e par l’UEFA, entre la Belgique et la Suisse) et qui avait attiré d’excellents joueurs ces dernières années (Eto’o, van Persie, Nani, Sow, Podolski, Sneider, Quaresma) grâce à une politique extrêmement volontariste et un taux d’imposition très avantageux (15%), risque de perdre beaucoup de son pouvoir d’attraction.

Le premier à avoir pris peur est Mario Gomez. Le 20 juillet, l’international allemand annonçait son départ de Besiktas (où il était prêté par la Fiorentina) à cause de la «situation politique». Deux jours plus tard, il se mariait à Munich, quelques minutes avant qu’un déséquilibré ne tue neuf personnes dans un centre commercial non loin de là. La réception qui devait suivre la cérémonie a été annulée.

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