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Football: les vents contraires de l'équipe de Suisse

En battant Gibraltar dimanche à Sion (4-0) et en profitant d’un inattendu faux pas du Danemark en Géorgie, la Nati demeure en bonne position pour se qualifier pour l’Euro 2020. Mais les tensions apparues au sein du groupe contrastent avec cette situation favorable

Mission accomplie pour l’équipe de Suisse de football, qui a fait ce qui était attendu d’elle dimanche à Sion en dominant nettement Gibraltar (4-0) lors de son quatrième match qualificatif pour l’Euro 2020. Les 8318 personnes réunies dans les tribunes du stade de Tourbillon ont obtenu tout ce qu’elles pouvaient attendre d’une telle rencontre: une victoire de la Nati, des buts, et un minimum de suspense. 

Avant que débute le festival grâce à une tête sur corner signée Denis Zakaria, sa troisième réussite en 21 sélections, les hommes de Vladimir Petkovic ont tourné autour de la cage adverse sans parvenir à en forcer le verrou pendant plus d’une demi-heure. Tantôt par maladresse, tantôt parce que les amateurs du minuscule territoire britannique vendent chèrement leur peau, et parfois faute d’un soupçon de chance. A la demi-heure de jeu, le score demeurait nul et vierge. Mais il faudrait exagérer pour dire que les Suisses ont douté, tant il aurait fallu un concours de circonstances invraisemblable pour qu’ils ne parviennent pas à marquer contre une équipe certes brave, mais terriblement limitée, et incapable de faire autre chose que de défendre.

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Belle entente fragilisée

Après l’ouverture du score, Admir Mehmedi (belle déviation de la tête sur un centre de Fabian Schär) et Ricardo Rodriguez (puissante frappe à ras de terre des 25 mètres) ont salé l’addition juste avant la pause. En seconde période, le film a repris avec les mêmes acteurs dans les mêmes rôles, et il a fallu faire preuve de la même patience avant de voir un Mario Gavranovic opportuniste faire trembler les filets une dernière fois en toute fin de match. Il y eut par ailleurs beaucoup de ratés en phase offensive, mais l’essentiel était assuré.

Tout le monde n’a pas pu en dire autant dimanche soir: à Tbilissi, le Danemark a concédé contre la Géorgie un nul surprenant, et qui permet à la lutte pour les deux places directement qualificatives pour l’Euro 2020 au sein du groupe D des éliminatoires de se décanter. La République d’Irlande (cinq matchs, 11 points) et la Suisse (quatre matchs, huit points) ont désormais un avantage sur la formation scandinave (cinq matchs, neuf points), la première à avoir perdu des plumes contre la Géorgie ou Gibraltar. Mais rien n’est fait. Pour la Nati, tout se jouera en octobre avec un déplacement à Copenhague et un match à domicile contre l’Irlande. Sa situation pourrait être pire. Elle pourrait aussi être bien meilleure.

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Bilan ni éblouissant ni compromettant

Entre un nul rageant contre la République d’Irlande jeudi à Dublin et une victoire aussi nette qu’attendue dimanche à Tourbillon, le bilan comptable de son premier rassemblement de la saison 2019-2020 n’est ni éblouissant ni compromettant. Il n’empêche que l’équipe de Suisse termine la semaine sur un sentiment de malaise. Situation inédite depuis l’arrivée de Vladimir Petkovic il y a exactement cinq ans: la belle et solide entente du groupe semble fragilisée, sur le point de se fissurer. 

Elle avait résisté sans trop de mal à l’éviction du capitaine Gökhan Inler à quelques mois de l’Euro 2016, puis à la polémique des aigles albanais lors de la Coupe du monde 2018, et enfin à la décision du sélectionneur – communiquée sans le tact nécessaire – d’enclencher un renouvellement des cadres après le tournoi russe. Il y a toujours eu des mécontentements, à l’instar de celui de Valon Behrami dans le dernier cas de figure, mais plutôt à l’extérieur du cocon de la Nati. Aujourd’hui, le forfait volontaire de Xherdan Shaqiri – qui a préféré rester à Liverpool pour se concentrer sur sa situation en club plutôt que d’honorer sa sélection – a donné le coup d’envoi du jeu des «petites phrases», qui montre que quelque chose ne fonctionne plus tout à fait comme avant.

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L’union sacrée

Cela a commencé dès la traditionnelle intervention inaugurale de la semaine, lorsque Vladimir Petkovic a déclaré que sa relation avec la star de l’équipe était «bonne», mais «pourrait être meilleure». Le sélectionneur a ensuite marqué les esprits après la rencontre face à l’Irlande avec ses remerciements appuyés à Haris Seferovic d’avoir été là pour l’équipe – sous-entendu: «lui!»? – alors que sa compagne s’apprêtait à accoucher. Alors qu’une partie de la presse alémanique pense que l’absence de Xherdan Shaqiri s’explique par sa frustration de ne pas appartenir au petit cercle des capitaines de l’équipe, Granit Xhaka a aussi fait savoir que si le problème était le brassard, il était prêt à le donner à son camarade… Ambiance.

Lors de la conférence de presse organisée avant le match contre Gibraltar, le gardien Yann Sommer a pour sa part cherché à calmer les esprits en appelant au retour de l’union sacrée. Mais c’est le genre de choses qui ne se décrètent pas: il faudra un travail de tous les acteurs concernés pour que l’équipe de Suisse retrouve, d’ici au mois d’octobre, la sérénité qui a fait sa force ces dernières années.

Tout en dressant un bilan positif de la semaine, après la victoire contre Gibraltar, Vladimir Petkovic a signalé son désir de voir des progrès «sur le terrain, et en dehors aussi».

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