Sport-études

Football: dans les vestiaires, le tabou des études

Concilier carrière professionnelle et formation peut être mal perçu par les clubs, qui attendent de leurs joueurs une implication totale. Regards croisés dans les deux clubs actuellement en barrage pour une place en Super League, Aarau et Xamax

Xabi Alonso, Giorgio Chiellini, Vincent Kompany, Juan Mata, Nigel de Jong ou encore Olivier Giroud possèdent un point commun: parallèlement à leur carrière de footballeur, tous ont suivi (et réussi) de hautes études. Mais au-delà de ces exemples, le monde du football moderne permet difficilement de mener une double vie. Dans un milieu où le footballeur a l’obligation de performer, le sujet des études est évoqué du bout des lèvres, quand il n’est pas carrément tabou.

Le constat vaut à tous les échelons du football professionnel. Loin du strass et des paillettes de la Ligue des champions, Michael Perrier se battait l’automne dernier dans l’anonymat relatif des pelouses de Challenge League. Le Valaisan a été mis au placard, puis s’est résolu à quitter le FC Aarau à Noël après avoir été obligé de révéler qu’il suivait, en marge des terrains, une formation de physiothérapeute. «Je l’ai caché pendant plus d’une année. Mais au mois de novembre, j’ai dû demander à m’absenter afin de passer certains examens. A partir de là, j’ai eu le sentiment de sortir des plans du club», souligne l’ancien joueur du FC Sion, qui était titulaire jusqu’à ce moment-là.

Depuis, Michael Perrier, jeune trentenaire, a retrouvé du temps de jeu au FC Stade Lausanne Ouchy, club avec lequel il vient de fêter une promotion en Challenge League. Arrivé sur les bords du Léman, il a joué cartes sur table. Mais il reste convaincu qu’il est mal perçu de suivre des études ou une formation à côté du football: «Cela ne plaît guère aux clubs, qui mettent de l’argent et qui attendent que le joueur soit pleinement concentré sur sa carrière et non sur autre chose.»

«Etudier apporte calme et sérénité»

Ce sentiment est partagé par Gelson Fernandes. L’ancien international suisse de 32 ans, qui sort d’une belle saison avec l’Eintracht Francfort en Bundesliga, a passé son bachelor en marketing du sport par correspondance lorsqu’il évoluait à Rennes en Ligue 1 française. S’il n’a jamais caché qu’il suivait des études, le Valaisan ne l’a pas non plus fait savoir directement à son ancienne formation bretonne, par précaution. «Beaucoup de clubs estiment que les deux activités sont incompatibles. Ils agissent par égoïsme, ils te paient, attendent de la performance en retour et, quand ils n’ont plus besoin de toi, ils te jettent, reproche-t-il. Or, un club a également un rôle formateur à assurer vis-à-vis de ses joueurs. Il doit les aider dans leur reconversion.»

Pour l’ancien international (67 sélections), études et pratique sportive ne sont pas antinomiques. Au contraire: étudier serait une aide bienvenue au moment d’aborder une rencontre devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Gelson Fernandes certifie arriver «plus relâché» au match sachant qu’il prépare déjà le moment où sa vie ne tournera plus autour du ballon rond. Ses études lui ont apporté «calme» et «sérénité». «J’estime même être plus performant qu’avant, lorsque je ne faisais rien, car désormais je parviens à déconnecter de mon sport.»

Un job à 100%

Tous les clubs ne sont toutefois pas hostiles à ce que ses joueurs étudient. C’est notamment le cas de Neuchâtel Xamax. Au sein de l’effectif, Gaëtan Karlen et Max Veloso suivent des cours à l’université, alors que Mustafa Sejmenovic et Mike Gomes travaillent à temps partiel. Tous ont reçu l’approbation présidentielle de Christian Binggeli. «J’ai de la peine à comprendre que l’on puisse refuser à un joueur d’être également étudiant. C’est une preuve d’ouverture et d’intelligence. Et je suis fier des joueurs qui suivent cette voie», souligne le patron du club de la Maladière. A l’époque où le club évoluait en Challenge League, il avait lui-même placé un ancien joueur (Kiliann Witschi) dans le bureau d’études de sa cousine avocate afin qu’il puisse passer son brevet.

Dans les conditions générales du contrat de travail pour les joueurs de la Swiss Football League, l’article 5.1 stipule qu’un joueur ne peut exercer une autre activité lucrative sans le consentement préalable ou écrit du club. S’il n’est mentionné nulle part dans le document que les études sont soumises à la même règle, les équipes professionnelles emploient leurs joueurs à un taux d’activité de 100%, et attendent naturellement qu’ils soient pleinement concentrés sur leur tâche de footballeur.

Toutefois, Christian Binggeli l’assure: les sportifs qui suivent ou ont suivi une formation ont une approche différente du football. «Tous ces jeunes gens ont un bagage supplémentaire au niveau de la compréhension du fonctionnement d’un club, et développent un rapport à l’argent différent. De plus, dans ce sport, l’aspect psychologique est tout aussi important: un joueur bien dans la tête sera bien sur le terrain», insiste le président xamaxien.

Plutôt que sortir et voyager

Que ce soit pour le staff, les joueurs ou les dirigeants, tout est une question d’organisation. D’autant plus que le footballeur bénéficie de passablement de temps libre. A Neuchâtel, l’équipe première s’entraîne le matin, ce qui laisse quartier libre à ses joueurs le reste de la journée. Il faut parfois trouver des arrangements avec les écoles et les employeurs lors de «semaines anglaises» où les rencontres s’enchaînent tous les trois jours.

«Suivre une formation remplit tes journées et permet d’utiliser ton cerveau. C’est un muscle qu’il faut travailler et qui est bien utile au football», reprend Michael Perrier. Pour Gelson Fernandes, les études imposent une discipline quotidienne: «Elles m’ont donné un cadre et une organisation du travail à laquelle nous ne sommes pas forcément habitués en tant que footballeurs.» Lorsque nombre de joueurs consacrent leur temps libre loin des pelouses à sortir en boîte, faire du shopping, jouer à la console, voyager ou faire des tournées promotionnelles, le Valaisan révise à la maison. Et s’offusque que, dans le lot, ce soit cette activité-là qui dérange. «On ne peut empêcher quelqu’un de s’instruire. C’est contre-productif et stupide.» Il a déjà prévu, une fois ses crampons définitivement rangés au placard, de se lancer dans un master.


Xamax en ballotage défavorable

Battu 0-4 par le FC Aarau jeudi soir à la Maladière, Neuchâtel Xamax aborde le match retour (dimanche à 16 heures au Brügglifeld) en ballotage défavorable. Il faudra un petit miracle pour renverser la situation, d'autant que l'attaquant Raphaël Nuzzolo manquera à l'appel, suspendu. (L. Pt)

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