Sauf rebondissement de dernière minute, Yann Sommer gardera la cage du Bayern Munich ce printemps, et peut-être même dès vendredi soir à Leipzig. Bloqué depuis plusieurs semaines, le transfert s’est dénoué mercredi après la signature au Borussia Mönchengladbach de Jonas Omlin, en provenance de Montpellier. Ainsi, le remplaçant à Gladbach du gardien de l’équipe de Suisse est… son remplaçant en équipe nationale. Un jeu de chaises musicales qui dit bien la cote des gardiens helvétiques en Bundesliga.

Engagé pour pallier la longue indisponibilité de Manuel Neuer, qui s’est fracturé la jambe en faisant du ski après la Coupe du monde, Yann Sommer n’arrive pas en Bavière en intérimaire. Malgré ses 34 ans, le Bayern a mis 8 millions d’euros sur la table selon Blick, et lui propose un contrat de deux ans avec l’assurance d’être en concurrence avec la star Neuer la saison prochaine. Arrivé à Mönchengladbach en 2014 en provenance de Bâle, Yann Sommer atteint une forme de consécration après avoir refusé l’OGC Nice cet été et eu des contacts durant l’automne avec Manchester United.

Etre le gardien du Bayern n’est pas exactement comparable avec jouer au milieu de terrain à Chelsea (Denis Zakaria) ou Arsenal (Granit Xhaka). Le Rekordmeister, champion d’Allemagne depuis dix saisons, est réellement un géant du football, peut-être l’un des cinq plus grands clubs du monde. Il entretient de surcroît une longue tradition de gardiens d’exception, de Sepp Maier à Manuel Neuer, en passant par Harald Schumacher et Oliver Kahn. Yann Sommer ne sera que le quatrième gardien étranger du Bayern, après le Hongrois Arpad Fazekas dans les années 1950, le Belge Jean-Marie Pfaff dans les années 1980 et l’Espagnol Pepe Reina sous Guardiola (trois matchs seulement).

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Pour le natif de Morges, ce transfert est aussi une victoire sur le fatalisme. Chouchous des supporters, toujours bien notés dans les journaux sportifs, Yann Sommer semblait devoir se résoudre à ne briller que dans des équipes secondaires en raison de sa taille (1 m 83), de 10 bons centimètres inférieure aux standards de sa profession. Pour beaucoup de recruteurs, un grand gardien est d’abord un gardien grand. «Sommer est trop petit pour jouer au Bayern», décrétait fin décembre l’ancien gardien de Dortmund Eike Immel.

Adoubé par Oliver Kahn

Il faut peut-être posséder soi-même un certain vécu entre les poteaux pour aller au-delà de cette idée reçue. C’est ainsi que cet automne, dans un documentaire diffusé par la chaîne Sky, l’ancien portier de l’Allemagne et du Bayern Munich Oliver Kahn a fini de crédibiliser Yann Sommer: «Yann est incroyablement rapide. Il perpétue la tradition des très bons gardiens suisses. […] On discute toujours de la taille que doit avoir un gardien de but. Faut-il vraiment qu’ils fassent tous 1 m 90? Yann Sommer n’est pas le plus grand. Ce n’est pas un problème pour un gardien s’il a de bonnes qualités de détente.» Or, il se trouve qu’Oliver Kahn est aujourd’hui le président du Bayern Munich.

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En Bavière, Yann Sommer s’apprête à vivre des mois passionnants. Le Bayern Munich, actuel leader de la Bundesliga avec 4 points d’avance sur Fribourg, vise non seulement un 11e titre consécutif, mais également la Coupe d’Allemagne et, surtout, la Ligue des champions. Les Allemands affronteront le Paris Saint-Germain du trio Messi-Mbappé-Neymar en huitièmes de finale au mois de février. Autant dire que le natif de Morges (Vaud) n’a pas opté là pour une préretraite tranquille dans un grand club: il attaque les saisons au cours desquelles il sera vraiment en mesure de gagner des trophées.