La Ligue des champions, cadeau semi-empoisonné. Dans le sens où, en dépit des millions que la prestigieuse compétition rapporte aux veinards qui la côtoient, elle emplit à ras bord l’esprit des joueurs pas encore blasés par son éclat (voir les propos de Bernard Challandes). Et, pour les Zurichois, ce n’est certes pas la perspective du match de ce soir à domicile contre l’Olympique Marseille (20h45/TSR2), déjà crucial afin de viser – au moins – la 3e place du groupe synonyme d’Europa League au printemps 2010, qui va diminuer la pression mentale.

Car, après deux journées, les Bleu et Blanc occupent la 2e place de la poule C avec 3 points, à égalité avec l’AC Milan – qu’ils ont battu à San Siro le 30 septembre (0-1) – derrière le Real Madrid (6) et devant l’OM (0). Ce FCZ-là a-t-il donc les moyens d’aller loin sur l’échiquier européen? Réponses d’experts.

Michel Pont (sélectionneur adjoint de l’équipe de Suisse): «Zurich n’est pas à sa place en championnat [16 points de retard sur YB à l’issue de 12 rondes]. L’équipe a subi beaucoup de pépins en début de saison, avec les blessures de Tihinen, Barmettler, maintenant Hassli, sans compter le cas Abdi [transfert mouvementé à l’Udinese dès juillet 2010], qui a plombé l’atmosphère générale. Tout cela fait que Challandes ne dispose plus que d’attaquants petits et vifs, style Djuric ou Vonlanthen, et qu’il lui manque de la puissance offensive. Demeure cette technique collective, ce fond de jeu qui met l’ensemble, en principe, à l’abri des gros couacs.

»Zurich n’a strictement rien à craindre de l’OM actuel. Même techniquement, le FCZ vu en Ligue des champions est supérieur à ce Marseille qui se cherche, malgré ses individualités (Brandão, Niang, Morientes) aptes à provoquer la différence. Si les Zurichois montrent une compacité et une maîtrise du ballon égales à celles vues à San Siro, ils gagneront.»

Carlos Varela (milieu de terrain à Neuchâtel Xamax, deux fois vainqueur du FCZ cette saison): «Je crois que Zurich ne surprend plus grand monde en Suisse, au contraire de la scène européenne. Le team a perdu de la percussion en attaque, ce qui prétérite son jeu. Sur les plans collectif et technique, ça reste la meilleure formation du pays, mais il ne suffit pas de faire tourner le ballon s’il n’y a pas l’envie de marquer, l’accélération décisive.

»A mon sens, il faut oublier la victoire à Milan, cette équipe étant «au fond du pack». Ceci n’enlève rien au mérite des Zurichois, cependant l’OM émarge à une autre catégorie, question rapidité, vivacité, percussion, technique, alors que le FCZ me paraît très lent et défense et dans l’entrejeu. Il sera très ardu de battre les Marseillais, même à domicile.»

Sébastien Tarrago (journaliste de football au quotidien français L’Equipe): «Avant son succès à Milan, je dois avouer qu’on ne s’intéressait pas vraiment au FC Zurich. On visait plus haut avec l’OM! Depuis, nous avons envoyé des «espions» étudier les champions suisses en vue de la double confrontation d’aujourd’hui et du 3 novembre. Le FCZ ne nous faisait pas peur, mais avec les résultats en dents de scie de l’OM…

»Franchement, nous sommes inquiets. Si Marseille perd ce soir, ce sera adieu la Ligue des champions, peut-être même la 3e place qualificative pour les 16es de finale de l’Europa League. En championnat, certes, l’OM est revenu à trois points du leader lyonnais, mais il conserve son étiquette de grand espoir non abouti. Didier Deschamps, le nouvel entraîneur, a voulu tout bouleverser par rapport à son prédécesseur belge Eric Gerets, le club a dépensé beaucoup d’argent pour le recrutement, et ça fonctionne mal. La preuve: lors de la victoire samedi à Nancy (0-3), Deschamps a appliqué le système Gerets en titularisant Hilton et Valbuena, deux éléments fétiches du Belge écartés d’entrée par «DD». En résumé, nous ignorons toujours ce que vaut réellement l’OM 2009/2010.»

Bernard Challandes (entraîneur du… FC Zurich): «Mon équipe, c’est la douche écossaise! Je pensais que participer à la Ligue des champions occasionnerait une surcharge physique pour les joueurs, je m’aperçois au contraire que le problème est d’abord d’ordre psychologique: la Ligue des champions devient l’objectif unique, l’obsession de mon effectif! Qu’ils soient titulaires ou remplaçants, les hommes sont absents en championnat, où on voit dès lors un team qui «jouote», incapable de se prendre en main. Perdre à Bellinzone (3-2) quatre jours après avoir battu l’AC Milan à San Siro, ça rime à quoi, je vous le demande? J’ai de la peine à gérer cela, le staff entier baigne dans cette analyse imprévue. Pour moi, la Ligue des champions n’a rien de magique. J’y prends du plaisir, mais chaque fois, j’ai en tête les futurs problèmes qui nous attendent en championnat.

»Je peux comprendre que l’inexpérience d’un club comme le mien engendre ce phénomène de fascination face à la plus haute compétition interclubs, ce sentiment que tout ce qui gravite autour d’elle n’a plus la moindre importance aux yeux des joueurs. Si je poursuis ce raisonnement, on devrait bien s’en sortir ce soir… Sérieusement, nous restons quand même le Petit Poucet du groupe C et ne sommes pas favoris face à l’OM, équipe bénéficiant d’un potentiel immense et, comme nous, hyper-motivée en Ligue des champions. Nous pouvons rêver d’Europa League, au minimum. N’inversons pas les rôles pour autant: normalement, Marseille doit nous vaincre.»