«Certains me disent qu'ils sont fatigués, qu'ils ont de petites gênes et qu'ils doivent se reposer, c'est une chose à laquelle je ne suis pas habitué.» Petit à petit, Michel apprend à découvrir ses joueurs et la mentalité du championnat de France. Et comme d'autres avant lui, l'entraîneur espagnol de l'OM s'étonne du peu d'ardeur à la tâche d'une partie de son effectif. French bashing? La riposte, très facilement dégainée dans l'Hexagone, ne résiste pas à l'examen. Car Michel n'est de loin pas le premier à mettre en doute l'implication des pros de Ligue 1. «La base de travail n'est pas suffisante», avait constaté le Brésilien Leonardo à son arrivée au PSG en 2011. S'il n'avait pas critiqué ses joueurs, l'Argentin Marcelo Bielsa avait doublé le volume de travail lors des séances d'entraînement de l'OM. Les résultats avaient été spectaculaires.

Ces critiques sont partagées par certains entraîneurs français. Surtout ceux qui ont travaillé à l'étranger et peuvent comparer. «À l’entraînement d’une équipe française, c’est toujours trop quelque chose: trop dur, trop intense…», relève Philippe Montanier, entraîneur du Stade Rennais après avoir dirigé la Real Sociedad de San Sébastien. «Ici, il y a trop d'enfants gâtés», pestait le franco-bosnien Vahid Halilhodzic.

Au pays des 35 heures, des RTT et des ponts à rallonge, le cliché du Français tire-au-flanc est tentant. Il s'accommode mal d'une statistique mise en valeur l'an dernier par le Centre international d'études du sport (CIES) de Neuchâtel: le joueur formé en France était à fin 2014 le plus représenté dans les quatre grands championnats européens (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie): 113 joueurs, un de plus que les Brésiliens et les Argentins.

Stéphane Henchoz, qui a observé pas mal de systèmes de formation en Europe, défend le made in France. «Techniquement, physiquement, tactiquement et mentalement, les jeunes Français sont les mieux formés en Europe.» Un autre joueur suisse, passé par plusieurs clubs hexagonaux, confirme. «Les Français se plaignent beaucoup mais potentiellement, ce sont les meilleurs.» Et lorsqu'ils jouent à l'étranger, comme Thierry Henry à Arsenal, Eric Cantona à Manchester United ou Karim Benzema au Real Madrid, ils deviennent des modèles de professionnalisme. Le problème serait donc culturel. C'est ce que croit le milieu de terrain anglais Joey Barton, plus fin dans l'analyse que sur le terrain: «Les Français n’aiment pas bosser. Pour eux, si tu te fais mal à l’entraînement, ça veut dire que tu n’as pas de talent.»

Cette semaine, le magazine France Football a donné la parole à un footballeur anonyme du championnat. Il pointe la mauvaise mentalité de la jeune génération, trop portée aux nues pour écouter les conseils. «Lorsque l'on parle avec eux pour leur dire que ça peut aller vite, qu’ils doivent travailler, ils me répondent: «T’inquiètes cousin. Je suis costaud mentalement, je vais m’en sortir.» Ils prennent vraiment le football professionnel à la légère. (...) Ils ne sont vraiment pas concernés. Ils ne se rendent pas compte, par exemple, que derrière eux, il y a tout un club, une institution. Avec des salariés, des gens qui bossent.»