SCANDALES

Les footballeurs dans les scandales sexuels, proies et prédateurs

Très courtisées, parfois piégées, les stars du ballon rond peinent souvent à tracer les limites entre ce qui leur est permis et ce qui ne l’est pas

L’affaire Cristiano Ronaldo n’est pas un cas isolé dans le monde du football professionnel. Le 23 novembre 2017, l’attaquant brésilien Robinho a été condamné à 9 ans de prison par le Tribunal de Milan pour sa participation en janvier 2013 au viol collectif d’une jeune femme albanaise. L’ex-star du Real Madrid et de l’AC Milan, profitant de l’effet suspensif de son appel, joue actuellement dans le championnat turc.

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Ces dernières années, d’autres joueurs ont été impliqués dans des affaires de viol. Les Français Loïc Rémy et Bafétimbi Gomis, le Brésilien Brandao ou le Néerlandais Robin van Persie (qui a passé deux semaines en prison) ont tous été accusés, avant d’être innocentés ou relaxés. En Suisse, on se souvient de deux scandales ayant concerné le FC Thoune. En 2007, une douzaine de joueurs du club accusés d’avoir abusé d’une fan mineure ont été condamnés à des amendes ou à des peines pécuniaires avec sursis. En 2016, trois anciens joueurs, accusés de viol en réunion pour des faits datant de 2006, ont été relaxés, faute de preuve.

Recours aux prostituées

Les affaires de viol dans le football surviennent dans un contexte particulier. Les joueurs, jeunes, souvent beaux, à la mode et sûrs d’eux, sont très sollicités par le public féminin. A l’époque où le Real Madrid venait en stage d’été à Nyon, nous avons vu un international espagnol «faire son marché» parmi les supportrices attendant dans le hall de l’hôtel et les faire monter dans les chambres. Même des joueurs de Challenge League peuvent avoir des groupies. Pas forcément des filles faciles mais jeunes, impressionnées et peu averties de ce qui les attend.

En 2011, les auteurs du livre Sexe football club ont interrogé des médecins, sexologues et sociologues sur la sexualité des footballeurs de haut niveau, dépeinte comme influencée par le consumérisme, le culte de la virilité (dans lequel ils ont été formés) et la pornographie. Ils aiment le monde de la nuit mais ce sont plutôt eux qui ont peur de se faire abuser. Les joueurs de Premier League anglaise redoutent ainsi particulièrement de tomber sur une adepte du «fuck and tell», une fille qui couchera puis s’empressera de vendre son histoire à un tabloïd. Cela contribuerait à ce qu’ils recourent facilement à des professionnelles (comme l’avait révélé l’affaire Zahia en 2010).

Soirées de débauche sans limite

Ces footballeurs sont pourtant souvent mariés, et mariés jeunes, car «un foyer stable est encouragé par l’employeur car perçu comme un rempart contre les tentations extérieures», constate l’universitaire français Frédéric Rasera, qui a observé durant quatre ans un club professionnel sous l’angle de la sociologie du travail. Le rôle de l’épouse, sur le modèle patriarcal traditionnel, consiste essentiellement à décharger des soucis du foyer son époux, avec lequel elle compose «l’équipe conjugale». C’est un rôle non négligeable et d’ailleurs valorisé, mais qui s’arrête à la porte du domicile. Les joueurs sortent entre eux lorsqu’ils veulent vraiment faire la fête et décompresser.

Je m’engage à ce qu’il n’y ait jamais de scandale dans les journaux, tu t’engages à fermer parfois les yeux

Un agent sportif à la femme d'un joueur

Les soirées de footballeurs se caractérisent par une rupture brutale. Une débauche sans limite au sortir d’une ascèse totale. Avec l’explosion des revenus observée ces dix dernières années, plus rien n’est impossible. Paru en 2012, The secret footballer, recueil de chroniques d’un joueur masqué publiées dans The Guardian, détaille les nuits de luxure à Las Vegas ou Miami, qui ont remplacé Paris, Marbella ou Ibiza pour les stars du ballon rond. On peut dépenser 130 000 dollars pour du champagne en une soirée. «A Las Vegas, même nos pires délires n’ont l’air que de simples enfantillages», s’étonne ce joueur anonyme.

A coups de dollars et de jets privés, ces escapades se passent souvent aux Etats-Unis, où les stars du «soccer» ne sont que des riches clients de plus. Un agent de joueur suisse avait passé un jour cet accord avec la femme de son client: «Je m’engage à ce qu’il n’y ait jamais de scandale dans les journaux, tu t’engages à fermer parfois les yeux.» Ce qui se passe à Vegas reste à Vegas. En principe.

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