Euro 2016

La force de l’équipe de Suisse est aussi sur le banc

En trois rencontres, Vladimir Petkovic n’a titularisé que douze de ses vingt-trois joueurs. Mais les onze autres ne troublent pas l’harmonie du groupe, bien au contraire

«Merci au staff entier et aux joueurs sur le banc qui n’ont pas encore joué pour votre immense soutien.» Au lendemain de la qualification de la Suisse pour les huitièmes de finale de l’Euro, le capitaine Stephan Lichtsteiner – qui n’a pas quitté la pelouse une seconde lors des trois premiers matches - avait le tweet reconnaissant vis-à-vis de ses camarades moins utilisés. Ils n’ont pas l’occasion d’être décisifs sur le terrain, mais ils le sont en coulisses. Et si l’équipe de Suisse traverse son tournoi sans que sa sérénité ne paraisse jamais troublée, c’est parce que les remplaçants aussi jouent leur rôle.

«Notre premier objectif, c’est d’aider les titulaires en les poussant à donner le meilleur d’eux-mêmes, explique Michael Lang, qui a joué une dizaine de minutes en deux matches contre la Roumanie et la France. On ne doit pas les laisser penser qu’ils peuvent se reposer. Cela veut dire qu’on doit toujours être au maximum à l’entraînement, leur montrer qu’on est prêts à prendre le relais.» De là à parler de concurrence, il y a un pas. Le latéral du FC Bâle savait que ses excellentes performances lors des matches de préparation ne suffiraient pas à faire bouger les lignes. «Quand, sur la même position que toi, tu as Stephan Lichtsteiner, un joueur d’expérience, notre capitaine, c’est difficile, glisse-t-il. En club, chaque remplaçant lutte pour se faire sa place, mais sur un tournoi comme l’Euro, c’est très dur. Surtout en défense. Surtout si, comme pour nous, tout va bien. Il n’y a rien à changer!»

Les rôles bien définis

Le Neuchâtelois Steve von Bergen est dans la même situation. Ou presque: il fait partie des sept joueurs (sur vingt-trois) à ne pas avoir mis le pied sur le terrain lors de la première phase. Mais lors des courts moments d’entraînement qui ne se déroulent pas à huis clos, on jurerait que c’est un des joueurs les plus contents d’être là. «A 33 ans, c’est mon dernier grand tournoi, confiait-il il y a quelques jours. Je m’accommode parfaitement de mon rôle, que voulez-vous que je fasse d’autre? Je suis fier, comme je l’ai toujours été, d’être en équipe nationale et je savoure chaque moment.» Comme Michael Lang, il ne se fait guère d’illusion quant à ses chances de devenir titulaire. «J’ai été blessé quatre mois cette saison. Quand Vladimir Petkovic a repris contact avec moi et m’a dit qu’il avait envie de m’emmener, les choses étaient claires: Fabian Schär et Johan Djourou partaient devant moi. Je l’accepte complètement.»

C’est aussi pour cela qu’il est là. Vladimir Petkovic a construit sa sélection intelligemment. Il avait ses cadres en tête, puis a complété avec les meilleurs joueurs… qui accepteraient un rôle différent. Il faut voir le sourire de Denis Zakaria, 19 ans. Le Genevois vit un rêve éveillé et croque l’expérience à pleine dent. Son bagage profitera à la Nati de ces prochaines années, son enthousiasme profite à celle d’aujourd’hui. Un remplaçant qui ronge son frein et traîne son spleen est moins agréable.

Du banc au terrain, il n’y a pourtant pas nécessairement un fossé. Les performances en demi-teinte de Stephan Lichtsteiner ou Xherdan Shaqiri font souhaiter à certains observateurs que le «onze» de Vladimir Petkovic soit un peu moins arrêté. Mais le sélectionneur s’en tient, commet toujours, à sa ligne de conduite. Et, c’est son coup de maître, il la fait défendre par chacun de ses hommes.

Compliments gratuits

Inutile de venir assister aux conférences de presse de l’équipe de Suisse en quête d’egos qui se rebiffent. Depuis le début de l’Euro, et même depuis le début de la préparation, tous les joueurs parlent d’une même voix et se complimentent parmi. «Fabian Schär est impérial depuis le début du tournoi, estimait Steve von Bergen. Il n’a pas connu une saison facile, mais là il enchaîne les grosses performances.» Pas faux: le défenseur central d’Hoffenheim est régulièrement cité parmi les meilleurs de ce début de l’Euro. Mais son concurrent direct à une place dans l’axe de la Nati n’était pas obligé de joindre sa voix au concert de louanges.

Ainsi va la vie en équipe de Suisse: les remplaçants encensent les titulaires, qui remercient les remplaçants. Et tout ce petit monde espère taper la Pologne de la star Robert Lewandowski samedi à Saint-Etienne. Un journaliste polonais a demandé jeudi à Fabian Frei (quinze minutes de jeu contre la Roumanie) quelle était la force de l’équipe de Suisse. «Nous sommes un groupe avec beaucoup de joueurs très, très forts, a-t-il lancé. Pas seulement onze. Vingt-trois.» Dont sept qui n’ont toujours pas joué.

Publicité