Tandis que plusieurs mécaniciens intervenaient sur le train avant de sa voiture arrêtée sur la grille de départ, dimanche après-midi, Mika Hakkinen a fait mine de se désintéresser du problème pour préserver sa concentration. Chacun son boulot. Pour le Finlandais, installé en deuxième ligne, le sien allait consister à faire sauter le bouchon formé par la Ferrari de Schumacher et la McLaren de son équipier Coulthard, juste devant lui.

Quelques secondes après le départ, le miracle s'est produit. La McLaren de l'Ecossais a hoqueté une fraction de seconde. Les roues de la Ferrari ont trop patiné. Et Hakkinen a entrevu une faille. Il n'a pas hésité à y glisser l'avant effilé de sa monoplace. En lui laissant un minimum de place à l'intérieur du virage, Michael Schumacher a fait le maximum pour préserver l'avantage de sa pole-position. Mais pas plus, pour ne pas se retrouver dans une position délicate, voire dangereuse. L'Allemand, après deux abandons dans le premier virage, est le mieux placé pour savoir qu'il n'a plus la moindre marge de manœuvre. Avant même le départ de cette douzième manche de la saison, il se doutait qu'il ne pourrait pas jouer les gros bras pour défendre sa position.

Le problème, c'est que le Hungaroring est un tracé ridiculement tortueux, qui ne laisse pas beaucoup d'espoir pour les dépassements. A la sortie du premier virage, avec une piste dégagée devant lui, Hakkinen peut savourer le formidable banco qu'il vient de réaliser. Le voilà seul au monde. Et si la mécanique ne le trahit pas, si les deux ravitaillements inscrits sur son «plan de course» se déroulent comme prévu, s'il ne commet pas de faute, il sait que la victoire lui permettra de prendre la place de Schumacher en tête du championnat du monde, quel que soit le résultat de l'Allemand au bout des 306 kilomètres de la course.

C'est donc derrière la McLaren-Mercedes du champion du monde que se situe l'intérêt du Grand Prix. Coulthard enrage d'avoir raté son envol. Le seul moyen de rattraper cette bévue? Reprendre l'avantage sur Schumacher. Les premiers ravitaillements ne changent rien au classement en tête. Coulthard doit encore patienter. Il se rapproche de la Ferrari sur la piste, mais compte encore deux secondes de retard lorsqu'il s'arrête une seconde fois. Ses ravitailleurs lui font gagner une seconde au stand, mais la deuxième McLaren voit la Ferrari lui passer sous le museau alors qu'elle reprend la piste.

A vingt tours de l'arrivée, avec Coulthard blotti dans le sillage de Schumacher, la course jusque-là ennuyeuse est enfin lancée. Mais ce n'est qu'illusion. Schumacher contrôle la situation. Pas de glissade intempestive ou de petit blocage de roue pour traduire une quelconque nervosité. Battu au départ et à l'arrivée, il ne le sera pas vraiment en piste. Ne plus être le leader au classement pour la première fois de la saison le chagrine beaucoup plus. A cinq courses du but, avec deux points de retard, tout est à recommencer, ou presque.

Bref, à la descente du podium, Schumacher ne saute pas de joie. Mais, fataliste, il n'affiche pas une mine trop défaite. «Nous n'étions tout simplement pas assez rapides pour gagner aujourd'hui. Je n'ai donc pas à être trop déçu de cette deuxième place. J'avais pour objectif de terminer cette course et je me suis intercalé entre les McLaren. Je ne pouvais pas espérer beaucoup mieux.» Derrière, Rubens Barrichello, superbe vainqueur en Allemagne, n'aura donc fait qu'illusion. Il lui reste à espérer que quelques-unes des courses restant à disputer se déroulent sur une piste mouillée. En terminant quatrième du Grand Prix de Hongrie à plus de quarante secondes du vainqueur Mika Hakkinen, le petit Brésilien est redescendu sur terre. Il s'est à nouveau fait décrocher au championnat et ses espoirs de titre se sont transformés en songes.