Foulées sentimentales

Course à pied Les 20 km de Lausanne attendent 26 000 coureurs samedi

L’épreuve est très prisée des familles, qui la vivent comme un témoin entre les générations

Ce soir, si le temps le permet, la famille Moosmann de Morges ira camper à une enjambée du stade Pierre-de-Coubertin à Vidy. Christophe et Caroline dormiront avec leurs deux derniers, Joanna (9 ans) et Laszlo (5 ans), dans la caravane. Estelle, 12 ans, sous tente aux côtés de sa meilleure amie. Un événement qui relève de la tradition au mois d’avril. Car le lendemain, c’est la course des 20 km de Lausanne.

Avec le Grand Prix de Berne et l’Escalade, la classique lausannoise est la plus appréciée des courses populaires helvétiques. En première ligne se trouvent les familles, pivot central de la manifestation. Plus qu’une parade de muscles saillants, la grande course citadine est une date incontournable de l’agenda familial vaudois.

Des circuits de 2 km «pour le plaisir», 4 km, 10 km ou 20 km sont proposés aux joggeurs, selon leur âge, leur envie, leurs capacités, leur motivation. «Ce qui fait la spécificité de notre manifestation, c’est son caractère intergénérationnel, décrit Gaël Lasserre, secrétaire général de la course. On le voit dans les inscriptions: les enfants la pratiquent avec leur classe ou leurs parents, puis s’en désintéressent lorsqu’ils atteignent l’adolescence. Une fois parents, ils se réinscrivent pour la partager en famille.» Une troisième courbe croissante se dessine chez les seniors dès 65 ans.

La liste de départs ne cesse de s’allonger, de 17,4% cette année. Une tendance partagée par les autres courses populaires de Suisse. A plat ou en montée, le running a la cote. Samedi, 26 000 shorts lycra seront arborés dans la cité olympique… et deux fois plus de baskets aux couleurs fluo.

Laszlo, 5 ans, se prépare à sa façon au circuit de 2 km qu’il attaquera accompagné de son papa. «Vingt kilomètres, c’est un peu beaucoup, mais deux ça va, nous déclare-t-il, confiant. Je fais deux fois le tour de mon jardin pour m’entraîner.» L’année passée, pourvu de son dossard nominatif, il avait été étonné que tant de monde le connaisse et le soutienne durant la course en criant: Allez Laszlo! «A chaque fois qu’il entendait son nom, il accélérait le pas», se souvient son père.

Les soirs de semaine, il n’est pas rare que Christophe accomplisse en courant la douzaine de kilomètres qui le sépare de son travail. Le coach sportif de la famille, c’est lui. «Je participe à d’autres compétitions dans l’année, mais celle des 20 km, c’est différent. On la fait en famille.»

Pour l’occasion, Christophe troque son chronomètre pour une compagnie bien plus agréable, celle de sa femme. «On court ensemble côte à côte, il se met à mon rythme, apprécie Caroline. Sans ça, je ne la ferais pas!» Moins férue que son époux, cette trentenaire trouve dans la perspective de ce moment privilégié la motivation de s’entraîner une fois par semaine, toute l’année.

Trente-quatrième édition oblige, la seconde génération de coureurs commence à venir grossir les pelotons. A Grandvaux, Valentin Dépraz n’est pas peu fier; demain il initiera sa fille de 5 ans à la course de son enfance. «Lorsque j’avais son âge, je la faisais pour gagner, raconte-t-il. Mes parents nous entraînaient dans des courses alpines.» Mais trente ans plus tard, sa vision a changé.

Plus question pour lui de viser un podium. «Zoé ne sait même pas ce que c’est que la compétition; on lui a dit qu’elle courrait avec plein d’autres enfants et qu’à la fin, tout le monde recevrait une médaille.» La petite tête blonde est enchantée; après avoir vu ses grands-parents, ses parents, ses oncles et tantes participer à la course des 20 km, elle prend à son tour part à l’aventure!

Pas d’entraînement particulier pour la jeune athlète en vue des 2 km «pour le plaisir», Valentin, par contre, court une fois par semaine en préparation du grand tour. Ce soir au menu, ce sera plat de pâtes, dans la maison en pierre du vieux bourg viticole. Valentin s’aperçoit que parmi ses amis qui ont des enfants, beaucoup reprennent la course à pied. «C’est un sport tellement simple, que l’on peut pratiquer en une heure, en partant de chez soi. On n’a plus forcément une après-midi à consacrer au foot avec les copains.»

Dès 9h du matin demain, les cris des supporters réveilleront le camping des Moosmann et jusqu’à 18h les coups de feu du départ se feront entendre. «Nous attendons 7000 enfants dans la course pour le plaisir, reprend Gaël Lasserre. C’est vraiment un aspect que l’on a souhaité conserver: privilégier l’accueil des familles plutôt que celui des élites.» En sus de la garderie offerte aux parents, diverses animations, clowns et tours de magie occupent les enfants pendant le sprint des parents.

Quant au secrétaire général de l’épreuve, il sera lui-même sur la ligne de départ à 14h, avec son épouse, pour accompagner les premières foulées de leur fils dans ce pari sportif aux allures de rite initiatique.

«Les 20 km de Lausanne ont préféré privilégier l’accueil des familles plutôt que celui des élites»