En août 1999, Michel Kratochvil a remporté trois challengers de suite, dont celui de Genève, et réalisé là un exploit inédit. Cette performance a permis au Bernois, handicapé par des blessures après une belle carrière chez les juniors, de sortir de l'anonymat et d'obtenir un classement l'autorisant à se frotter aux meilleurs éléments du circuit dans les épreuves les plus importantes. Classé 371e joueur mondial fin 1998, il était 139e un an plus tard, et il a encore progressé depuis. La semaine dernière, Kratochvil n'était pas à Genève pour défendre son titre. Il se trouvait en effet aux Etats-Unis pour préparer l'US Open qui débute aujourd'hui. En une année, le jeune Suisse est passé de la pénombre aux feux de la rampe, d'épreuves modestes aux tournois du Grand Chelem.

C'est donc grâce aux challengers, ces étapes intermédiaires entre les «Futures» destinés aux débutants sur le circuit professionnel et les épreuves de l'ATP Tour qui sont dans l'ordre croissant les «International Series» (Gstaad ou Bâle), les «Masters Series» (Monte-Carlo ou Paris-Bercy) et les tournois du Grand Chelem (Melbourne, Roland-Garros, Wimbledon ou US Open), que de jeunes joueurs, classés généralement entre la 120e et la 350e place mondiale, peuvent franchir un nouveau palier en direction de l'élite.

Telle n'est cependant pas la seule utilité des challengers. Parfois, des champions en panne de confiance ou qui ont dû interrompre momentanément leur carrière, profitent de cette formule pour tenter de recouvrer leur niveau d'antan. C'est la raison pour laquelle on a entre autres vu défiler à Genève ces dernières saisons des têtes connues comme Andrea Gaudenzi, Yunez El Aynaoui ou Sergi Brugueira.

Les points plutôt que l'argent

Cette année, ce ne sont ni des jeunes ni des champions que l'on a retrouvés en finale du Geneva Challenger. Le Français Nicolas Thomann, vainqueur de l'épreuve, a 28 ans et sa victime, l'Espagnol Alex Calatrava, en a 27. Leur performance s'explique parce qu'à un moment donné de leur parcours professionnel, ils sont tout simplement en forme et parviennent à évoluer à un niveau proche de l'élite. Ils l'avaient d'ailleurs tout deux déjà démontré en Suisse il y a peu. Au premier tour de Gstaad, Calatrava avait offert une belle résistance à Nicolas Kiefer, et l'Alsacien Thomann n'avait perdu qu'en trois sets face à Jérôme Golmard. Il n'y a cependant pas que le niveau de performance qui intéresse les joueurs comme Thomann ou Calatrava, mais également les points ATP et les dollars que leur valent les résultats obtenus. Les premiers leur permettent de progresser au classement, les seconds de gagner leur vie.

Nicolas Thomann a reçu 60 points ATP et 7200 dollars pour son succès en terre genevoise. A titre de comparaison, un professionnel qui atteint les quarts de finale dans un tournoi de l'envergure de Gstaad se voit attribuer 50 points (200 pour le vainqueur) et 16 455 dollars (81 000 pour le gagnant).

Comme on peut le constater, c'est surtout financièrement que la différence est criante. La raison de cet écart est facile à deviner. Il est plus aisé de réunir des fonds quand on a des vedettes dans son tableau et la télévision pour couvrir l'événement. Ce qui n'est pas le cas à Genève. Les efforts que Roland Haefliger, directeur de Geneva Challenger, et ses collaborateurs fournissent depuis de longues années pour mettre leur épreuve sur pied n'en sont que plus méritoires.