Les footballeuses de l’équipe de Suisse ont répété leur plan de marche comme un mantra pendant les semaines qui ont précédé l’Euro aux Pays-Bas: «Nous voulons remporter nos deux premiers matches afin d’assurer notre qualification pour les quarts de finale avant d’affronter la France.» C’est raté. Pour passer le cap du premier tour, elles devront, ce mercredi à 20h45 à Breda, nécessairement battre ces Bleues qu’elles craignent tant. «Pour gagner, chacune d’entre nous devra réaliser une performance hors norme, prévient la latérale Noëlle Maritz. Nos adversaires ont des joueuses redoutables à tous les postes.»

L’équipe de France pointe au troisième rang du classement FIFA, derrière les intouchables Etats-Unis et l’Allemagne. Comme sa cousine germanique, elle apparaît dans toutes les listes de prétendantes au titre européen, même si elle n’a remporté aucun grand tournoi international à ce jour. C’est que dans l’Hexagone, l’essor du football féminin est un phénomène récent. Cela ne l’empêche pas d’être spectaculaire.

Un «plan de féminisation»

Depuis 2011, le nombre de joueuses licenciées est passé de 54 500 à 118 000. L’Olympique lyonnais, le meilleur club du pays, a remporté la Ligue des champions à quatre reprises (2011, 2012, 2016 et 2017) et a perdu une fois en finale (2013), comme le Paris Saint-Germain à deux reprises (2015 et 2017). Enfin, la Fédération française de football (FFF) a obtenu l’organisation de la Coupe du monde 2019, la première de l’histoire qui réunira 24 équipes. Elle se déroulera au moins de juin dans neuf villes du pays, au bon souvenir de l’Euro masculin accueilli l’été dernier.

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Ce développement massif ne tombe pas du ciel mais découle d’une véritable volonté politique, que la FFF a traduite avec l’introduction de son «plan de féminisation du football» voilà six ans, en marge du Mondial 2011. Il y est question de «valoriser la place des femmes dans le football», de «devenir une nation de référence» ou encore d’«innover en matière de formation». Derrière ces grandes lignes directrices un peu vagues, des objectifs très concrets – par exemple, augmenter le nombre de femmes à tous les types de poste et dans chaque ligue de 10% par saison – et ambitieux: la feuille de route escomptait un titre majeur des Bleues dans les quatre ans.

Le délai est écoulé, mais elles ont l’occasion cet été d’atteindre l’objectif. Sinon, ce sera pour dans deux ans, à domicile. «C’est un rêve de disputer une Coupe du monde à la maison, réagissait la capitaine Wendie Renard au moment de l’attribution du tournoi à la France. On se souvient tous de 98. J’ai envie de connaître les mêmes émotions.» Comme Zidane, Deschamps et compagnie à l’époque, les Françaises s’attendent à jouer chez elles avec la pression qui accompagne un important soutien populaire.

Leurs matches à domicile se disputent désormais devant plus de 20 000 personnes. Eurosport et France Télévisions diffusent des rencontres. En 2015, leurs matches lors du Mondial 2015 au Canada avaient généré des audiences record pour la TNT sur W9. TF1, la première chaîne du pays, a fait l’acquisition des droits de diffusion de la prochaine édition dans son intégralité.

Photos nues et militantes

C’est une petite révolution, menée à grande allure. Pas plus tard qu’en 2009, le sélectionneur de l’époque Bruno Bini avouait son «sentiment que les journalistes sportifs ne trouvent pas digne d’intérêt le football féminin». La qualification de ses protégées pour l’Euro n’avait donné lieu qu’à quelques brèves dans la presse nationale. Pour sensibiliser le public, la fédération imagine alors une campagne audacieuse. Quatre joueuses posent nues, avec un slogan sans équivoque: «Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer?» L’opération fonctionne et les demandes d’interviews pleuvent. Aujourd’hui, les médias s’intéressent à ces Bleues qui, pour ne rien gâcher, ne manquent pas d’ambition.

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Mais pour l’instant, l’équipe de France ne se montre pas aussi irrésistible que prévu dans le groupe C de l’Euro néerlandais. Elle n’a remporté son premier match contre l’Islande que par la grâce d’un penalty généreusement accordé en fin de match. Puis elle a concédé le match nul contre l’Autriche. «Je suis confiante pour la suite, ça va aller. Notre objectif, c’est d’être invaincues et il nous reste le troisième match pour nous qualifier», lâchait la gardienne Sarah Bouhaddi il y a quelques jours, convaincue que la vague bleue n’est pas près de retomber. L’équipe de Suisse va néanmoins tenter de lui faire barrage.