Coupe du monde 2018

La France, grande puissance du football mondial

Plus encore que du bon travail réalisé par Didier Deschamps et les siens en Russie, le sacre des Bleus témoigne de la place centrale qu’occupe l’Hexagone sur la planète ballon rond. Une réalité objective qu’expriment de nombreux indicateurs

Il y a d’un côté ceux qui s’extasient devant la science tactique et le pragmatisme absolu que Didier Deschamps a su insuffler à son équipe de France. Et de l’autre ceux qui regrettent qu’avec des individualités de la trempe d’Antoine Griezmann, Paul Pogba et Kylian Mbappé, elle n’ait pas proposé un jeu plus chatoyant lors de la Coupe du monde en Russie.

Les deux camps resteront probablement irréconciliables. Mais au-delà de la libre interprétation des performances, la deuxième étoile bleue, décrochée dimanche après une victoire en finale contre la Croatie (4-2), est brodée sur une réalité objective: depuis une vingtaine d’années, la France s’est affirmée comme une grande puissance du football mondial.

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Le tournant s’est opéré au milieu des années 1990. En 1988, l’équipe de France manque l’Euro. Dans la foulée, elle échoue aussi à se qualifier pour deux Coupes du monde consécutives (1990 et 1994). Mais dès 1996 et sa demi-finale de l’Euro anglais, elle enchaînera les bonnes performances lors des plus grands tournois: victoire à domicile à la Coupe du monde 1998, victoire à l’Euro 2000, finale à la Coupe du monde 2006, finale à l’Euro 2016, victoire à la Coupe du monde 2018.

Classement trompeur

Depuis 1998, les Bleus ont ainsi participé à 11 grands tournois (sur 11 possibles), disputant cinq finales et remportant trois titres. Pour tenir la comparaison sur la même période, il n’y a guère que l’Espagne (trois finales pour trois titres). Le Brésil a certes fêté quatre titres, mais en 13 compétitions, et la Copa América n’a pas la même valeur que l’Euro ou le Mondial. L’Allemagne – dont on ne se lasse pas de répéter qu’elle «gagne toujours à la fin» – n’a en réalité confirmé l’adage qu’une fois ces vingt dernières années (Coupe du monde 2014).

Didier Deschamps et son staff ont su tirer le meilleur d’un vivier de professionnels quasiment unique au monde

Il y a aussi eu de terribles contre-performances (élimination au premier tour de la Coupe du monde 2002 malgré une équipe redoutable) et des scandales écornant son image (la fameuse affaire du bus de Knysna en 2010). Mais avec le recul, les succès à répétition de l’équipe de France lors des plus grands tournois traduisent mieux sa position réelle sur la planète football que le classement FIFA, où elle ne pointait qu’au septième rang avant sa campagne de Russie (derrière l’Allemagne, le Brésil, la Belgique, le Portugal, l’Argentine et la Suisse), ou que les cotes des bookmakers, qui n’en avaient début juin que pour le Brésil, l’Allemagne et l’Espagne.

821 Français à l’étranger

En Russie, au-delà des considérations tactiques, elle a triomphé parce que le sélectionneur Didier Deschamps et son staff ont su tirer le meilleur d’un vivier de professionnels quasiment unique au monde, que plusieurs indicateurs permettent de mesurer, à commencer par les «exportations». Selon une étude de l’Observatoire du football, rattaché au CIES à Neuchâtel, 821 Français évoluent dans des clubs étrangers. Il n’y a que le Brésil pour faire mieux quantitativement (1236 mercenaires), mais qualitativement, la France fait mieux que de se défendre: les Brésiliens irriguent les clubs du monde entier quand les Français restent à 90% dans les très concurrentiels championnats européens.

La valeur totale des joueurs de l’équipe de France en Russie s’élevait à 1,41 milliard d’euros. La plus élevée parmi les équipes participant au tournoi

Nombreux à s’expatrier, ils restent aussi largement majoritaires à domicile. Parmi les cinq meilleurs championnats du monde, la Ligue 1 française passe souvent pour la moins sexy. Mais elle offre un terrain propice pour le développement des joueurs locaux, qui bénéficient de 64% du temps de jeu, contre 59% pour les Espagnols en Liga, 50% pour les Allemands en Bundesliga, 45% pour les Italiens en Serie A et seulement 39% pour les Anglais en Premier League.

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Souvent originaires de la région Ile-de-France, qu’Arsène Wenger décrit comme le plus intéressant bassin de talents du monde avec la région de São Paulo au Brésil, les footballeurs français sont partout, au point que même les fans de football ont de la peine à suivre. Beaucoup ne connaissent pas bien Steven Nzonzi (qui a grandi à Colombes, au nord-ouest de Paris), avant de le voir réussir de belles performances en Coupe du monde, jusqu’à suppléer sans peine N'Golo Kanté dès la 53e minute de la finale.

L’homme qui vaut 300 millions

Il n’y a pas que ceux qui étaient du voyage en Russie. Trois jours avant le sacre, le FC Barcelone a officialisé le transfert, depuis Séville, de Clément Lenglet. A 23 ans, ce défenseur central n’est pas très connu dans l’Hexagone et il n’a jamais été appelé en équipe nationale. Cela n’a pas empêché un des meilleurs clubs du monde de l’enrôler pour 36 millions d’euros et de protéger ses cinq ans de contrat d’une clause libératoire à 300 millions d’euros.

Peu avant la Coupe du monde, l’Observatoire du football a dévoilé sa liste périodique des joueurs à la plus haute valeur marchande. Parmi les 100 premiers figuraient 16 Français, un record. La valeur totale des joueurs de l’équipe de France en Russie s’élevait à 1,41 milliard d’euros. La plus élevée parmi les équipes participant au tournoi.

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Avant la Coupe du monde, l’observateur ne pouvait qu’être interloqué par le nombre de joueurs à haut potentiel non retenus par Didier Deschamps. Karim Benzema. Adrien Rabiot. Anthony Martial. Kingsley Coman. Dimitri Payet. Mamadou Sakho, etc. La plupart d’entre eux auraient pu prétendre à une place de titulaire dans la majorité des équipes engagées en Russie. Une bonne dizaine d’attaquants français laissés sur le carreau auraient par exemple fait le bonheur de l’équipe de Suisse.

C’est l’immense privilège du sélectionneur des Bleus par rapport à nombre de ses homologues: son rôle est, précisément, de sélectionner, et pas de coucher sur le papier une liste de 23 évidences. Il peut choisir en fonction du style de jeu qu’il entend mettre en place, du profil des joueurs et de leurs affinités. C’est un luxe, mais aussi une grande responsabilité. Didier Deschamps l’a parfaitement assumée.

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