Annecy est entrée dans la dernière ligne droite. Il ne reste plus que deux jours à la capitale de Haute-Savoie pour poursuivre un rêve qui dure depuis sept ans: accueillir les Jeux olympiques d'hiver de 2014. Toutes les villes qui prétendent organiser cet événement doivent déposer leur candidature auprès du Comité international olympique à Lausanne, jeudi 28 juillet au plus tard.

Mais pour être l'une d'elles, Annecy doit encore recevoir la bénédiction du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), seul habilité à faire acte de candidature. Une délégation d'élus emmenés par Jean-Luc Rigaut, maire adjoint d'Annecy, et par Bernard Accoyer, le chef de groupe UMP à l'assemblée nationale, va tenter ce mardi d'obtenir ce soutien indispensable. Les Haut-Savoyards rencontrent aujourd'hui à Paris le ministre français des sports, Jean-François Lamour, et le président du CNOSF, Henri Sérandour. La partie promet pourtant d'être ardue, car le comité olympique français, traumatisé par la récente défaite de Paris à l'organisation des JO de 2012, rechigne à présenter une nouvelle candidature. La patrie de Pierre de Coubertin, père des Jeux olympiques modernes, ne veut pas subir l'humiliation d'un nouvel échec.

Le 8 juillet, après la victoire de Londres, le maire d'Annecy Bernard Bosson avait pourtant annoncé publiquement que sa ville serait candidate aux JO d'hiver de 2014. Mais deux jours plus tard, Henri Sérandour mettait un terme à cet enthousiasme en déclarant «qu'une candidature française était prématurée». «Perdre à plusieurs reprises mérite que l'on fasse d'abord une analyse de ce qui n'a pas fonctionné avant de se lancer à nouveau», justifie Gérard Marcout, responsable du service d'information du comité olympique français.

A Annecy, la réticence du comité à entrer dans la course pour accueillir la flamme olympique en 2014 est vécue comme une trahison. «Depuis 1998 nous faisons part de notre intention de concourir à ces JO d'hiver», explique Philippe Lebeau, président de l'association Olympliquons-nous qui défend le projet d'Annecy. «Or durant toute cette période, poursuit-il, le comité nous a demandé de rester discrets pour ne pas interférer sur les candidatures successives de Paris. Jamais il ne nous a dit qu'en cas de défaite parisienne, il refuserait de nous soutenir en 2014.»

A priori, c'était plutôt la victoire de Paris aux JO de 2012 qui aurait réduit à néant les chances d'Annecy. «Tout le monde savait que la France n'aurait alors pas présenté de candidature d'hiver», souligne Bernard Accoyer. Car, en général, le CIO n'accorde pas deux Jeux olympiques d'affilée au même pays.

En France, deux autres villes étaient également partantes pour les jeux de 2014: Grenoble, qui les a organisés en 1968, et Gap. Après les déclarations du président du comité olympique français, elles se sont dites prêtes à attendre 2018. Mais pour Annecy «c'est 2014 ou rien du tout, martèle Philippe Lebeau. Car si jamais c'est une ville européenne qui organise les Jeux de 2014, pronostique-t-il, il est évident qu'au nom de l'alternance des continents une candidature européenne n'aurait aucune chance en 2018».

Après Turin en 2006, la caravane olympique s'arrêtera à Vancouver (Canada) en 2010. Dès lors les Jeux d'hiver de 2014 pourraient logiquement être attribués à l'un des candidats du Vieux Continent. Après l'échec de Berne aux JO de 2006, Zurich avait un temps pensé à présenter une candidature. Mais le canton et la ville ont finalement renoncé à s'engager dans un projet qui se serait révélé trop coûteux pour les finances publiques.

Pour l'instant, hormis Annecy, sept villes ont annoncé leur intention de se porter candidate à l'organisation des JO de 2014: les deux anciennes finalistes malheureuses pour l'édition 2010 – Pyeongchang (Corée du Sud) et Salzbourg (Autriche) –, ainsi que Jaca (Espagne), Palandoken (Turquie), Tbilissi (Géorgie), Oestersund (Suède) et Harbin (Chine). Le CIO désignera l'élue lors de sa réunion au Guatemala en juillet 2007.

Pour Olympliquons-nous, Annecy doit absolument être de la partie: «La défaite de Paris n'est pas un argument suffisant pour refuser de présenter Annecy. Parce qu'il termine à la deuxième place d'une course, un sportif ne va pas refuser d'être au départ de la prochaine compétition: c'est contraire aux valeurs olympiques.»

Le coût de la candidature d'Annecy s'élèverait à un ou deux millions d'euros. Toutefois, l'ampleur des investissements financiers à injecter en cas d'obtention des Jeux ne joue pas en faveur de la cité haut-savoyarde. L'ardoise laissée après le passage des JO d'Albertville de 1992 est encore dans toutes les mémoires. Le budget qui était à l'époque d'environ 3,2 milliards de francs français (800 millions de francs suisses) avait triplé.

Sur ce point, Philippe Lebeau se veut rassurant: «La Haute-Savoie possède déjà de nombreuses infrastructures et nous prévoyons de faire des Jeux économiques. En plus, dit-il, Annecy bénéficie de la proximité de Genève, ses hôtels et son aéroport.» Le président d'Olympliquons-nous le répète, «une candidature française en 2018 n'est pas souhaitable». Car si Paris tente l'aventure olympique pour 2020 ou 2024… les cités alpines risquent à nouveau de devoir passer la main pour ne pas faire de l'ombre à la Tour Eiffel.