«Un sportif de haut niveau qui s'entraîne près de six heures par jour a besoin de plus de «choses» que quelqu'un de normal.» Dans le contexte actuel, cette déclaration de Roxana Maracineanu, championne du monde de natation sur 200 m dos l'an passé à Perth (Australie), pourrait porter à confusion. Restituée dans son contexte, elle prend une tout autre dimension. Depuis plus de deux ans, la Mulhousienne, comme la plupart des membres de l'équipe de France de natation, bénéficie en effet d'un traitement totalement innovant dans le milieu du sport, présenté peut-être un peu hâtivement comme «une alternative à la tentation du dopage».

Sous l'égide du Dr Didier Chos, président de l'Institut européen de diététique et micronutrition à Caen, la Fédération française de natation (FFN) a mis en place pour ses nageurs un suivi biologique de terrain approfondi, assorti d'un programme de conseils alimentaires et de «supplémentation» (apport) micronutritionnelle personnalisés. «Par biologie de terrain, j'entends des examens qui permettent de voir comment se comporte le «terrain», l'organisme, par rapport à certaines déficiences, explique le Dr Chos. Et notamment celles d'ordre alimentaire. Nous avons pu démontrer que certaines infections chroniques (mal de dos récurrent, microtraumatismes), ainsi que le manque de sommeil et le stress pouvaient provenir de carences nutritionnelles. Et que nous pouvions les corriger par des compléments alimentaires.»

Déficiences nutritionnelles

Convaincu que les sportifs de haut niveau sont «une population à risque», Didier Chos décide dès 1991 de réaliser un bilan immunobiologique sur 17 nageurs et nageuses du centre régional d'entraînement de Caen. Avec des résultats édifiants: «Ils présentaient tous des perturbations immunitaires importantes, des déficiences nutritionnelles ainsi qu'un déséquilibre de la flore intestinale.» Trois ans plus tard, le médecin normand propose au champion de France de nage longue distance, Stéphane Lecat, de réaliser un même bilan, suivi d'un programme de «supplémentation» personnalisé: vitamines, oligo-éléments, complexes micronutritionnels. «Il l'a suivi pendant sept mois et a senti une meilleure tolérance à l'entraînement. Mais surtout, nous avons constaté que les petits incidents microtraumatiques et les infections, qui précèdent généralement une grande compétition, ne s'étaient plus manifestés. C'est d'ailleurs cette année-là qu'il a obtenu ses meilleurs résultats.»

Décision est alors prise d'étendre le programme à l'ensemble du groupe olympique avec une exploration biologique beaucoup plus poussée. Depuis 1996, les nageurs et nageuses françaises bénéficient donc de conseils alimentaires et d'une «supplémentation» micronutritionnelle adaptée aux besoins de chacun. «Nous devons prendre chaque matin trois-quatre gélules et deux ou trois «trucs» en plus», résume Roxana Maracineanu. Des gélules et des «trucs» qui sont en fait des complexes multivitaminés, des apports en magnésium ou en fer voire en acide gras grâce à des gélules d'huile de poisson et quelques boissons de récupération.

Rien à voir avec le dopage

«Rien que des produits naturels», précise le Dr Didier Chos éludant ainsi toute accusation de «dopage légal». «Cela n'a rien à voir, poursuit-il. Grâce à la «supplémentation», nous donnons aux sportifs les moyens d'utiliser leurs capacités intrinsèques au maximum de leurs possibilités. Un produit dopant pousse la cylindrée au-dessus de ses capacités réelles.» Reste que dans la période actuelle, toute assistance médicale des sportifs de haut niveau soulève des interrogations. «Mais il ne faut pas nous prendre pour plus bête que ce qu'on est. Lorsqu'on nous a présenté ce programme, tous les nageurs ont cherché à en savoir plus. Nous sommes ainsi allés dans les laboratoires, nous avons assisté à la préparation des produits», précise Franck Esposito, qui défendra sur 200 m papillon à Istanbul, où viennent de débuter les championnats d'Europe, son titre continental. Seule Roxana Maracineanu, qui a pris le train en marche avant le Mondial de Perth l'an passé, reconnaît «avoir fait confiance de manière aveugle à sa fédération». Aujourd'hui, s'il est encore trop tôt pour mesurer avec précision les incidences de cette préparation «propre et médicalement accompagnée» sur les résultats des nageurs français, d'autres disciplines ont déjà pris contact avec la FFN. Et le programme pourrait s'étendre à l'ensemble du milieu sportif français et étranger si d'aventures les nageurs tricolores trustaient les podiums à Istanbul et surtout l'an prochain aux Jeux olympiques de Sydney. La natation française aurait-elle enfin trouvé la parade au dopage? Réponse dans les semaines à venir.