Atravers l'exemple de l'équipe Crédit Agricole, le cyclisme s'adapte tant bien que mal à la loi sur la réduction du temps de travail, les 35 heures. Quand il a signé un accord d'entreprise l'an passé, Roger Legeay est devenu un pionnier. Le manager général de Crédit Agricole, l'une des trois équipes cyclistes françaises de première division, a ouvert la voie à un mouvement qui touchait peu jusqu'à présent le peloton et, au-delà, le sport professionnel.

«Cette année, j'ai 48 salariés, coureurs compris», explique-t-il. «Il n'existe pas de convention collective dans les métiers du sport. Une loi est en train d'être élaborée mais sa mise en place va demander du temps. C'est un grand chantier. Or, au 1er janvier 2001, j'avais l'obligation sous peine d'amende de ratifier un accord sur le temps de travail, comme pour toute entreprise de plus de 20 salariés.»

Pendant près d'un an, l'ancien président de la Ligue professionnelle a planché sur le sujet. «L'AS Cannes, dans le football, l'a fait avant nous. Mais, dans le cyclisme, j'étais le premier à me lancer. Nous avons eu beaucoup de mal à trouver la solution. Pour le personnel sédentaire, c'était simple. Mais, pour le personnel itinérant, tout se compliquait», relève-t-il.

Passionnés par leurs métiers respectifs, directeurs sportifs, mécaniciens ou assistants de santé, ne comptaient pas précisément leurs heures. «Métier de passion ou pas, il a fallu tout calculer. Nous nous sommes alors rendu compte que la seule possibilité pour tout faire entrer dans les cases était de s'aligner sur l'annualisation du temps de travail, soit 1600 heures par an, à raison d'une durée quotidienne de l'ordre de 8 heures», explique Roger Legeay.

Les coureurs ont été exclus de l'accord sur le plan pratique. «On ne va pas payer une heure supplémentaire à un coureur parce qu'il a mis plus de temps que le vainqueur», continue le manager de l'équipe en soulignant au passage que la moyenne annuelle des jours de course pour ses coureurs (»le nombre de jours où un coureur a mis un dossard») varie entre 72 et 85 depuis qu'il dirige son groupe (1983).

A-t-il procédé à des embauches? «Nous sommes passés de 37 à 48 salariés mais en créant une structure espoirs», répond le manager du groupe qui préfère insister sur l'évolution des structures de la plupart des équipes. «L'encadrement s'est beaucoup étoffé au fil des années. Pour un déplacement sur une grande course, les effectifs des mécaniciens et des assistants ont plus que doublé en quinze ans.»

Son effectif, qui travaille 180 jours par an, est adapté au programme de l'équipe. «Pour l'instant, je suis dans la moyenne basse, estime Roger Legeay. Mais, si nous allons à l'avenir disputer les trois grands tours nationaux, des courses qui durent chacune trois semaines, je serais obligé de recruter.»

L'exemple de Crédit Agricole a inspiré les autres équipes françaises. Vincent Lavenu (AG2R) et Philippe Rambaud (Bonjour) sont en passe de monter eux aussi des accords d'entreprise. Dans le sillage du peloton, la RTT gagne du terrain.