Ils l'ont fait! Et de quelle manière! Les tennismen français ont réussi l'exploit de remporter dimanche la finale de la Coupe Davis contre l'Australie, dans la Rod Laver Arena de Melbourne. Un neuvième titre qu'ils ont arraché au terme du cinquième et dernier match, grâce à un Nicolas Escudé survolté, grand homme de cette finale et vainqueur (7-6, 6-7, 6-3, 6-3) de l'inattendu Wayne Arthurs, l'homme qui avait remplacé au pied levé Patrick Rafter blessé au bras. Plus tôt, sur le court en gazon démontable qui causait tant de soucis aux Français les jours précédant la finale, Sébastien Grosjean avait dû concéder sa troisième défaite consécutive en deux semaines contre Lleyton Hewitt (6-3, 6-2, 6-3).

«Il faut reconnaître les mérites des Français, a reconnu John Fitzgerald, le capitaine de l'équipe d'Australie. Ils ont joué incroyablement bien pendant trois jours.» Une victoire comme une douce revanche pour les Bleus, après leur échec en finale contre ces mêmes «Aussies» à Nice en 1999. Un succès historique, aussi, dans la mesure où la France a joué tous ses matches à l'extérieur: Belgique, Suisse, Pays-Bas, puis enfin Australie, un pays qui participait à sa quarante-sixième finale en nonante ans… Pour ajouter à l'exploit, les Australiens n'avaient pas perdu de finale dans leur pays depuis 1968.

Combat de serveurs

Cette performance, les Français la doivent avant tout à Nicolas Escudé, qui a remporté aux antipodes deux matches difficiles contre des joueurs au style opposé. Lleyton Hewitt quitte rarement sa ligne de fond de court, alors que Wayne Arthurs est un adepte du service-volée. Deux nouvelles victoires qui permettent au vainqueur du Tournoi de Rotterdam de rester invaincu en Coupe Davis, avec huit succès à son actif.

Le match décisif d'hier entre Escudé et Wayne Arthurs a été un combat de serveurs. Les deux joueurs ont réussi plus de 80% de leurs premières balles de service et réalisé 35 aces. «Nicolas a servi comme un génie, avouait, admiratif, John Fitzgerald. Il a été extraordinaire.» Deux jours plus tôt, le «match winner» avait réalisé contre Lleyton Hewitt «le match rêvé», résumait Guy Forget, le capitaine français. Malgré un jeu irrégulier, Escudé est parvenu contre le nouveau numéro un mondial à profiter des rares opportunités de prendre l'avantage. Lors des cinq sets de la rencontre (4-6, 6-3, 3-6, 6-3, 6-4), le Chartrais, qui réside à Genève, s'est emparé du service de Lleyton Hewitt à quatre reprises sur huit occasions possibles. Le «kid» d'Adélaïde n'a, lui, remporté que trois de ses dix-huit balles de break.

Les malheurs de Fitzgerald

Avec une victoire pour chaque pays à la fin de la première journée suite à la défaite de Sébastien Grosjean sur Patrick Rafter (6-3, 7-6, 7-5), le double de samedi s'annonçait primordial. En choisissant la paire Cédric Pioline – Fabrice Santoro, la France a opté pour son duo le plus expérimenté. John Fitzgerald, qui a remplacé cette année l'illustre John Newcombe comme capitaine, a été moins inspiré en sélectionnant ses deux joueurs de simple – Rafter et Hewitt – aux dépens de Wayne Arthurs et Todd Woodbridge, qui avaient pourtant remporté leur match en demi-finale contre la Suède. Hélas pour lui, le pari s'est révélé désastreux. Les Australiens se sont inclinés 2-6, 6-3, 7-6, 6-1. Déjà blessé au bras, Patrick Rafter a de surcroît été obligé de déclarer forfait pour le match du lendemain.

Pour le remplacer, John Fitzgerald a été contraint de faire appel à Wayne Arthurs, dont la meilleure performance de l'année a été une demi-finale au Tournoi de Delray Beach, aux Etats-Unis. Malgré sa modeste 77e place au classement ATP, ce gaucher a réalisé quelques belles performances dans le passé. Pour ses débuts tardifs en Coupe Davis, à 28 ans, en 1999, cet excellent serveur de1 m 91 avait battu en simple les Russes Yevgueny Kafelnikov et Marat Safin. Mais il n'est pas parvenu à rééditer cet exploit contre Nicolas Escudé, dont la victoire a été saluée par une «standing ovation» des 15 000 spectateurs de la Rod Laver Arena, remarquables de sportivité.

La magie de la Coupe Davis a encore frappé, et, cette année, elle a souri aux Bleus.