Au départ du Rhum, le 31 octobre à Saint-Malo (ouest de la France), les spécialistes ne donnaient pas cher des chances de Franck Cammas, 37 ans, de remporter avec ce «monstre» l’une des deux courses - avec le Vendée Globe - que tout solitaire rêve de gagner.

Et après trois tentatives infructueuses (3e en 1998, abandon en 2002, 5e en 2006), il a vaincu le signe indien, même si sa carte de visite était déjà riche de nombreuses victoires en multicoques et de plusieurs records océaniques. «La quatrième tentative a été la bonne, a-t-il lancé en arrivant à la darse de Pointe-à-Pitre, accueilli par des milliers d’admirateurs. Les autres (Route du Rhum) n’avaient pas été aussi faciles».

La mère du navigateur, Eliane, a également exprimé sa joie: «je suis très, très heureuse pour lui […] Je l’ai bien élevé (et) lui ai toujours dit ‘’fais ce que tu aimes, la vie est courte’’».

Modestement, ce sportif de haut niveau, spécialiste des trimarans mais aussi violoniste et pianiste averti, confiait que son objectif était d’arriver à bon port, au terme de 4471 milles (environ 8280 km) de navigation sur cette formidable régate atlantique.

Mardi, il est entré dans la légende du Rhum, celle qui fait tous les quatre ans passer des froideurs automnales de la Bretagne à la douceur antillaise. Son exploit n’est pas sans rappeler celui du Français Eric Tabarly, vainqueur en 1976 de la Transat anglaise à la barre de Pen Duick VI, un ketch (deux mâts) de 22 mètres mené d’ordinaire par une dizaine d’équipiers.

Manœuvres fréquentes

Un total de 85 voiliers, un record, avaient pris le départ de cette 9e édition du Rhum, parmi lesquels neuf très grands multicoques (dont Groupama 3) évidemment plus rapides que le reste de la flotte. Après 20 ans d’absence, les maxi de la classe Ultime revenaient dans la course, une décision conforme à l’esprit de son créateur Michel Etevenon.

Avec un temps de 9 jours 3 heures 14 minutes et 47 secondes, Cammas n’a pas battu le record établi en 2006 par le Français Lionel Lemonchois (7 jours, 17 heures 19 minutes), qui avait bénéficié de conditions météo exceptionnelles. Il n’en a pas moins intelligemment bâti sa victoire en choisissant - quitte à parcourir plus de milles - de contourner par le sud l’anticyclone des Açores, vaste zone sans vent placée en travers de sa route.

Au cours de cette traversée, il n’aura pas rencontré de conditions météo très dures mais de la mer et des vents instables qui, jusqu’au bout, ont réclamé des manœuvres fréquentes.

Sur un voilier de la taille de Groupama 3 (31,50 m de long, 22,50 m de large), chaque virement de bord, empannage, réduction de voilure ou «matossage» (déplacement de poids à bord) est une épreuve physique et exige une excellente condition athlétique et de l’anticipation.

Pour ce Rhum, Groupama 3 avait été équipé d’un mât plus court de quatre mètres pour pouvoir porter une grand-voile un peu moins grande que celle utilisée en équipage. Le trimaran a tout de même conservé une puissance exceptionnelle, pouvant envoyer jusqu’à 500 mètres carrés de voile au près.

Un cadre de vélo avait été installé dans le cockpit pour permettre à Cammas - un passionné de cyclisme - de border et de hisser des voiles. Groupama 3, qui a été dessiné par le cabinet VPLP, sera à vendre après cette course car Franck Cammas, insatiable, va maintenant se tourner vers un autre objectif, la Volvo Race, course autour du monde en équipage avec escales, en 2011-2012.