Il est 20h30 et la salle de presse du Palais de Beaumont de Pau est presque déserte, lorsque la nouvelle tombe tel un couperet. Par le biais d’un communiqué, l’Union cycliste internationale (UCI) annonce qu’elle a informé hier le Luxembourgeois Frank Schleck (RadioShack-Nissan), 12e du classement général à 9’ 45” du maillot jaune, d’un résultat d’analyse anormal sur un échantillon d’urine prélevé lors du Tour de France, le 14 juillet. Le rapport en provenance du Laboratoire – accrédité par l’AMA – de Châtenay-Malabry indique la présence du diurétique Xipamide. Vu la nature de la substance, qui est une substance spécifiée, le Règlement Antidopage de l’UCI ne prévoit pas la suspension provisoire. «Quand un sportif peut établir comment une substance spécifiée est entrée dans son corps ou est entrée en sa possession, et que cette substance spécifiée n’était pas destinée à améliorer la performance sportive, la sanction peut être réduite au minimum à une réprimande sans période de suspension, et au maximum à une suspension de 2 ans», stipule le Code mondial. Le Luxembourgeois, troisième du Tour de France 2011, a le droit de demander l’analyse de l’échantillon B, dans le délai réglementaire de 4 jours. Après l’arrestation de Rémy Di Gregorio (Cofidis), à Mâcon, la positivité de Frank Schleck plombe le jour de repos. Mais le coureur est cette fois-ci d’un autre calibre. Le Luxembourgeois a été exclu de l’épreuve par son équipe, RadioSchak-Nissan, selon l’agence Reuters

«C’est incroyable», réagissait hier soir Martial Saugy, directeur du Laboratoire suisse d’analyse du dopage. «Les diurétiques, ça devient de plus en plus marginal, surtout dans des sports comme le cyclisme. Les diurétiques sont interdits car ils sont considérés comme des agents masquant. Ils sont utilisés pour augmenter le volume urinaire. Mais leur détection est très simple. Depuis vingt ans, on sait les trouver. Les bodybuilders les utilisent pour assécher les muscles, comme certaines gymnastes, dans un contexte complètement différent. Mais dans un sport d’endurance, c’est extrêmement dangereux, vous déséquilibrez l’équilibre bionique que vous devez avoir pour bien fonctionner. Je reste dans l’expectative. Y a-t-il un autre but caché? J’en serais étonné, mais ce produit aurait-il des effets secondaires qui pourraient améliorer certaines propriétés physiques?»

La positivité de Frank Schleck se greffe sur des interrogations. Sur le Tour de France 2008, les douanes avaient procédé en marge de la course à une fouille approfondie d’un véhicule conduit pas son père, Johnny, le lendemain de l’étape de l’Alpe d’Huez. Au terme de l’étape, Frank Schleck refusera dans un premier temps de répondre aux médias, avant de s’exécuter. Son frère Andy commente: «Ma mère était là hier, ma tante a fait toute la course. Je me demande pourquoi ils n’ont pas fouillé leurs voitures.» Dans la foulée, fin septembre, lors des Championnats du monde qui se déroulaient à Varese, en Italie, l’hôtel où logent les frères Schleck est perquisitionné, l’opération visant plus particulièrement Frank Schleck. En octobre de la même année, ce dernier est entendu par l’Agence antidopage luxembourgeoise, pour s’expliquer à propos d’un virement bancaire – en mars 2006, une somme de près 7000 euros sur un compte suisse – qu’il a effectué en faveur du controversé médecin espagnol Eufemiano Fuentes, au cœur de l’Affaire Puerto. Parmi les coureurs impliqués dans l’Affaire Puerto – Ivan Basso, Jan Ullrich, notamment – Frank Schleck n’a pas été inquiété. Une affaire classée d’avance, Frank étant, selon les rumeurs, un coureur protégé? Hier, Frank Schleck a quitté le Tour de France.

Ma mère était là hier, ma tante a fait toute la course. Je me demande pourquoi ils n’ont pas fouillé leurs voitures»