Montagne

François D’Haene atteint le sommet de l’ultra-trail

A Chamonix, le Français a gagné son troisième Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en six ans. Dans des conditions météo difficiles, il a devancé, en 19h01, tous les meilleurs coureurs du circuit mondial, dont l’Espagnol Kilian Jornet

Le grand François D’Haene est encore plus grand. Perché sur son mètre 92, le Français a remporté samedi l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), lors d’une quinzième édition qui réunissait tous les meilleurs coureurs de la planète trail running.

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Après 19 heures, 1 minute et 32 secondes, tel un cycliste à l’Alpe d’Huez, il a dû fendre la foule massée à Chamonix pour passer la ligne d’arrivée. Il a devancé de 15 minutes l’Espagnol Kilian Jornet, de retour à l’UTMB six ans après sa victoire en 2011. Le podium est complété par l’américain Tim Tollefson, qui n’était encore que 7e, à la moitié des 168 kilomètres de course.

«Il pouvait à peine marcher»

168, et non 171, comme initialement prévu. Vendredi matin, à quelques heures du départ, la direction de course avait décidé de modifier légèrement le parcours, en raison de deux passages en altitude rendus dangereux par la météo – présence de neige à plus de 2000 mètres et une température ressentie de –9 degrés.

Résultat, 3 km de moins. Une broutille. Mais surtout, un présage: le froid, la neige et la pluie ont eu leur influence sur le déroulement de la course. Et pas seulement pour les viennent-ensuite. A La Fouly (VS), au km 110, le responsable du stand des abandons témoigne de l’état dans lequel il a vu arriver Jim Walmsley vers 6h du matin. L’Américain, figure montante de la discipline, a fait partie du duo de tête pendant une bonne moitié de l’UTMB. «Il est arrivé premier ici, mais il est reparti troisième… Il pouvait à peine marcher.» Problème de pieds. Et le bénévole d’ajouter que la plupart des abandons (852 au total) «sont liés à la fatigue et à la température, pas aux blessures».

Une question de gestion

Environ 25 km plus tard, Jim Walmsley était déjà 7e. Il est finalement arrivé 5e à Chamonix, presque une heure après ceux qui ont longtemps été ses compagnons de route. Est-il parti trop vite? La question se pose, car il s’en est fait une réputation. Pendant les premiers kilomètres, il a joué au yoyo, accélérant pour distancer les premiers mais les attendant systématiquement à chaque ravitaillement. A celui de Saint-Gervais, après 20 km de course, il expliquait au site Irunfar.com que «tout le monde va trop lentement». Ce à quoi Kilian Jornet rétorquait dans la foulée que «non, tout le monde va trop vite»!

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La gestion de course, donc. A ce petit jeu, François D’Haene est connu pour faire partie des meilleurs. Il court tout en retenue sur les 70-80 premiers kilomètres, avant d’accélérer en fonction du scénario. Ce week-end, il n’a jamais été distancé. Et il a pris la tête au km 110, avant de creuser l’écart sur Kilian Jornet.

Passage de flambeau

Le long des sentiers, difficile de savoir qui, de François D’Haene ou de Kilian Jornet, est le plus populaire auprès des dizaines de milliers de spectateurs qui ont bravé le froid et la nuit pour voir passer leurs idoles. Depuis plusieurs mois, Kilian Jornet s’était éloigné du monde de l’ultra pour se concentrer sur son projet d’ascension de l’Everest, achevé en mai dernier.

L’Espagnol s’était inscrit tardivement à l’UTMB, constatant que tous les meilleurs seraient présents. François D’Haene, lui, a aménagé sa saison autour de ce rendez-vous. Avec cette troisième victoire, il égale… Kilian Jornet. Les deux stars de la discipline se sont donc donné rendez-vous l’an prochain. En attendant, même s’il a salué la supériorité du vainqueur, Kilian Jornet semble s’être résolu à devoir passer le flambeau au sommet du trail running.


La Suissesse Andrea Huser finit deuxième

En 25 heures, 49 minutes et 18 secondes, la Saint-Galloise Andrea Huser a terminé deuxième de l’UTMB, 2 minutes 30 derrière l’Espagnole Nuria Picas. Au classement général, l’ancienne triathlète, qui avait remporté la Diagonale des Fous de La Réunion en 2016 et l’Eiger Trail en juillet dernier, est arrivée à Chamonix en 43e position. Chez les hommes, le premier Suisse est le Valaisan Florian Vieux, 73e du général en 27 heures et 51 minutes.

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