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François Moubandje à Toulouse, le 10 mai 2016.
© Eddy_Mottaz

Football 

François Moubandje: «La Suisse peut s’inspirer de Toulouse»

La saison du «Téfécé» et celle de son international helvétique se sont dessinées en parallèle, avec des moments très difficiles puis un retour en grâce. Le club est à une victoire du maintien en Ligue 1, son latéral rêve plus que jamais de l’Euro

Paris, Marseille. Les records du PSG (titre le plus précoce, plus grand nombre de points en championnat), les déboires de l’OM (équipe à la peine, club à remettre). En Ligue 1, l’essentiel de la saison s’est articulé autour de l’axe éternel du football français. Le 21 mai, Parisiens et Marseillais jetteront encore l’huile d’une finale de Coupe de France sur le feu de leur rivalité, mais d’ici-là, les uns sont champions (et éliminés de la ligue du même nom), les autres sauvés tant bien que mal; circulez, y a (plus) rien à voir. Et laissez dériver le regard vers le sud-ouest, où le Toulouse FC s’apprête à écrire le dernier chapitre d'une vraie belle histoire.

Début mars, les Violets (pâles) accusaient un retard de dix points sur la barre et tous les observateurs les donnaient pour relégués. Depuis, Pascal Dupraz a remplacé Dominique Arribagé à la tête de l’équipe et fait revoir la vie en rose à la ville rose: quatre victoires, trois nuls et seulement deux défaites sous la conduite de l’ancien entraîneur d’Evian-Thonon-Gaillard. Un dernier succès, samedi contre Angers, et le «Téfécé» sera sauvé. François Moubandje (25 ans), latéral international suisse, a connu une trajectoire personnelle parallèle à celle de son équipe. Elle enchaînait les défaites, lui les matches en tribune; elle a retrouvé son mordant à l’approche du final, lui sa place à un mois de l’Euro. Rencontre sur l'île du Grand Ramier, à l'ombre du Stadium de Toulouse.

Le Temps: Il paraît que vous avez mal à l'épaule?

François Moubandje: Ça va beaucoup mieux, mon corps guérit étonnamment vite. J’ai été touché à la clavicule lors du match contre Lyon (défaite 2-3 le 23 avril) vers la dixième minute de jeu. On m’a traité vite fait, mis un strap et j’ai continué à jouer. Franchement, je ne sais même pas comment. Mais malgré la douleur, je ne voulais pas lâcher l’équipe. Comme j’étais suspendu le week-end d’après, j’ai ensuite pu prendre une semaine pour me remettre et revenir pour le match capital contre Troyes (victoire 1-0 samedi dernier).

– Grâce à ces trois points, votre équipe a son destin entre les mains. C’était inespéré!

– Nous étions sur la sellette depuis si longtemps… Mais nous n’avons jamais compté nos efforts et nous avons maintenant l’occasion de concrétiser tout le travail fourni. Pascal Dupraz est arrivé convaincu que nous pouvions nous maintenir en Ligue 1. Grâce à lui, ce sentiment anime désormais toute l’équipe.

– Comment vit une équipe de football qui compte dix points de retard sur le premier non relégable?

– C’est très difficile. Forcément, il y a de petites tensions, mais le groupe n’a jamais explosé. Pourtant, nous avions notre public contre nous. Il chantait: «Toulouse en Ligue 2!» C’était terrible. En plus, on faisait de bons matches, mais on perdait. On y arrivait pas. Il manquait toujours un petit truc.

– Un nouvel entraîneur?

– L’arrivée de Monsieur Dupraz a été un véritable déclic. Il a su redonner de la confiance à l’équipe. Cette saison, on n’a jamais eu le problème de ne pas marquer, mais on prenait trop de buts. Depuis qu’il est là, on en encaisse moins. Son discours, c’est celui de l’union: on attaque ensemble, on défend ensemble. Il nous répète sans arrêt qu’on va se maintenir, il nous parle beaucoup. Et ça marche.

– Il a l’air de faire l’unanimité.

– Pour certains joueurs, il est comme un père. Il inspire le respect, se montre très dur, mais sait aussi détendre l’atmosphère avec une blague. A titre personnel, depuis qu’il est là, j’ai beaucoup appris. J’avais quelques difficultés tactiques et il m’a énormément fait progresser, en peu de temps, au niveau de mes placements. Sa façon de dire les choses passe bien. Malgré tout, je ne suis pas encore complètement satisfait de mes performances. Je peux amener plus. J’ai une telle envie de bien faire, de réussir. Je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est là.

– Vous êtes à nouveau titulaire à part entière, mais vous avez connu des moments très difficiles cette saison (neuf matches sans jouer entre fin octobre et mi-janvier). Que s’est-il passé?

– Je ne sais pas, et je ne le saurais jamais. Du jour au lendemain, je suis passé du terrain aux tribunes. Ce qu’on me reprochait? Je ne comprenais pas. J’ai sollicité le coach pour qu’il m’explique, mais il me répondait simplement qu’on était beaucoup et qu’il n’y avait que onze places sur le terrain. Moi, j’aurais aimé qu’on me dise ce que je pouvais faire pour retrouver ma place. Je suis resté pro, j’ai continué de travailler, mais je sentais un manque de considération.

– Vous avez même affirmé dans les médias votre envie de partir.

– Je voulais faire passer un message. Montrer que je ne me contentais pas de cette situation. Je suis quelqu’un d’ambitieux. Après, j’ai un contrat jusqu’en 2017. Mais ça n’empêche rien.

– Pendant cette période de doute, vous avez joué en Coupe et avec l’équipe de Suisse…

– Mais ça ne changeait rien. En novembre, j’ai été aligné d’entrée contre l’Autriche et la Slovaquie car Ricardo Rodriguez était blessé. De retour à Toulouse, on me demande si j’ai joué... Je n’en revenais pas. C’était quand même des matches internationaux! J’avais fait deux bonnes prestations et le coach n’était pas au courant que j’avais été titularisé. La partie d’après, en championnat, je n’étais pas sur la feuille de match.

Lire aussi: Avant l’Euro, l’équipe de Suisse en cinq questions

– Et l’Euro approchait, et Vladimir Petkovic n’emmènera pas des joueurs qui n’ont pas évolué régulièrement avec leur club. Même Gökhan Inler en a fait les frais. Aviez-vous tout cela en tête?

– Bien sûr. C’était essentiel de retrouver le terrain pour aller à l’Euro, le sélectionneur a toujours été très clair là-dessus. Si même le capitaine peut être écarté... Maintenant, je joue. Je n’ai plus qu’à espérer figurer dans la liste pour ma première grande compétition internationale. Jusqu’ici, le sélectionneur m’a fait confiance, il m’a souvent retenu.

– Pour une place sur le terrain, vous êtes en concurrence avec Ricardo Rodriguez, considéré comme un des meilleurs latéraux du monde.

– C’est un très bon joueur. A moi de répondre présent quand l’équipe en aura besoin. Il y a beaucoup de respect entre nous. De la concurrence, aussi, mais elle n’est pas malsaine. Qu’on soit deux est une bonne chose, cela nous tire vers le haut.

– Comment est l’ambiance en équipe de Suisse?

– Très bonne. Dès mon arrivée, j’ai été marqué par la qualité de l’accueil, par la bonne entente générale. Bien sûr, je suis plus proche de certains que d’autres, mais dans cette équipe, tout le monde se comprend, tout le monde sent le jeu, chacun tient son rôle. Les anciens sont très présents, font en sorte de mettre les nouveaux en confiance. Lors de mon premier ou deuxième match, j’étais un peu tendu. Stephan Lichtsteiner est venu me taper dans le dos: «C’est bon petit, ne t’inquiète pas. Avec tes qualités, tu vas te faire plaisir...» Ça met tout de suite à l’aise.

– Que peut faire la Suisse à l’Euro?

– Elle n’a jamais passé le cap du premier tour, donc il faudra déjà faire en sorte d’y remédier. Après, tout est possible. Mais l’essentiel sera la solidarité. Je le vois bien à Toulouse: depuis quelques semaines, nous avons envie de nous battre les uns pour les autres et cela fait toute la différence. La Suisse peut s’en inspirer.


Repères

1990 Naissance à Douala, au Cameroun.

1998 Déménagement en Suisse, à Genève.

2010 Promotion en Super League avec Servette.

2013 Transfert au Toulouse FC, en Ligue 1.

2014 Première sélection en équipe de Suisse A. Il en compte aujourd'hui dix.

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