Il est des défaites honorables et des victoires poussives. Comme celle de Roger Federer, hier, au terme d’un long match pathétique face à Alejandro Falla. Le Bâlois s’est finalement imposé en cinq manches 5-7 4-6 6-4 7-6 (7/1) 6-0. Mais il aura fallu attendre le milieu du quatrième set pour que le numéro deux mondial, qui n’était qu’une pâle doublure de lui-même, retrouve quelques couleurs salvatrices.

Lundi après-midi, le Tout-Wimbledon, qui chérit son sextuple champion, était en émoi. L’impensable, à savoir l’élimination du tenant du titre au premier tour, prenait dangereusement la forme d’une réalité possible lorsque le patron du gazon londonien était mené deux sets à rien. Une situation à laquelle celui qui flirte avec l’extraordinaire depuis si longtemps ne nous avait plus habitués.

«C’était un choc»

«Personne ne pouvait le croire. Ça aurait été un choc majeur pour Wimbledon si Federer s’était fait sortir aujourd’hui», lâchera John Lloyd, l’ancien numéro un anglais, sur le plateau de la BBC. Federer lui-même concède avoir vécu un léger séisme: «C’était un choc car cela ne m’était jamais arrivé à Wimbledon. C’est la raison pour laquelle je suis content de ce match, de savoir que j’ai réussi à revenir.» Tels furent ses premiers mots, lâchés à sa sortie du court. Puis développés plus tard face à la presse: «Je ne suis pas habitué à vivre ça. Cela ne m’était plus arrivé depuis six ans, j’en suis sûr. J’ai pensé à la défaite possible à plusieurs reprises pendant le match. J’ai clairement été menacé. Je suis soulagé d’avoir passé. J’ai tout donné. Ce ne fut pas une promenade en trois sets comme souvent. Il faut savoir savourer une victoire comme celle-ci, qui rompt avec la routine. Sans oublier de comprendre pourquoi je me suis retrouvé dans cette situation, comment j’ai pu être mené deux sets à un et 5-3 dans le quatrième et raté des balles de break à 0-30 sur son service. Il va falloir digérer.»

Certes, Alejandro Falla, victime désignée des premiers tours du Suisse, a su tirer profit de ces face-à-face réguliers. Certes, le Colombien est un gaucher au jeu «inconfortable» pour l’ancien numéro un mondial. Mais c’est avant tout à lui-même que Federer doit la frayeur qu’il s’est faite. Ce qu’il a fini par reconnaître après avoir d’abord insisté sur la qualité de jeu de son adversaire. «A 4 partout dans le troisième, je me retrouve à 0-40 sur mon service. C’est sûr que les points qui ont mené à cette situation ne sont pas convaincants. J’ai commencé par une double faute, raté un coup droit, raté un revers. Mon jeu entier n’était que désordre.» Lui, d’habitude si alerte sur le court avec son agilité féline, semblait beaucoup plus pataud. «J’avais l’impression de devoir beaucoup travailler en défense et il m’était difficile de faire ce que je voulais. Ce n’était pas ma meilleure performance physiquement. J’avais la sensation d’être plus lourd sur mes pieds, mais je pense que c’est plutôt lié à l’adversaire qu’à moi-même. Parfois il ne faut pas chercher trop loin.» Et d’insister, comme pour se rassurer: «Ce n’est pas parce que j’ai souffert au premier tour que je vais souffrir au match suivant.»

Les experts partagés

Quoi qu’il en dise, sa performance interroge. Et la cohorte des experts est partagée. Dans les colonnes de L’Equipe , Mats Wilander insiste sur l’importance psychologique de la fin de l’invincibilité du maître. Consultant sur la BBC, John McEnroe croit en lui. «C’est la force des meilleurs d’être capables de se sortir d’une situation délicate comme celle-ci. Dans quelques années, plus personne ne se souviendra qu’il avait gagné en cinq sets. Si j’étais lui, je ne me préoccuperais pas trop de ce match.»