Cette annonce de combat placardée dans l’entrée: Fight Night le 18.03.2014 à Montreux, Claudemir Tico de Souza face à Peter Badazz Ligier. Deux athlètes à l’air très méchant, poings levés, prêts à frapper. Le Tico en question est là, au dojo de Cointrin, en train d’échauffer en musique (rap US) une dizaine de jeunes tout en muscles.

Tico est l’un des coachs du Shinbudo, le club local. Fred Borter Sylla, arrivé un peu en retard à l’entraînement, le salue. Grand sourire, tapes amicales. Fred dit: «Tico est un type cool, superdoux». L’affiche évoquée plus haut serait donc trompeuse. «Tout est trompeur dans le MMA et beaucoup qui en parlent n’y connaissent en général rien», assène Frédéric.

Populaire

Il a 23 ans, est né à Genève de père sénégalais et de mère suisse, mesure 1,96 m, pèse 84 kg. Un athlète qui pratique depuis quatre ans le MMA ou Mixed Martial Arts. Sport décrié car dépeint comme extrêmement violent mais très populaire, en vogue notamment en Suisse. Coups de pied, de poings, de genoux, de coudes, combats au sol, étranglement, soumissions, tout semble permis.

«Non, corrige immédiatement Giuseppe Fincati. On ne frappe pas la nuque, pas la colonne vertébrale, pas sous la ceinture, on ne vise pas les yeux et on ne mord pas». Giuseppe, lui-même athlète, est le président du club. Il juge que le football provoque plus de blessures graves, des fractures notamment, que le MMA. «Et puis au terme du combat, les adversaires s’embrassent et s’enlacent, il y a un profond respect que l’on soit gagnant ou perdant» assure Fred.

En toute décontraction

Fred a déjà combattu 7 fois, l’a emporté à 5 reprises. «Il est exceptionnel, un vrai espoir, une perle rare, c’est un hyperdoué, délié, avec une gestuelle innée, des qualités spirituelles et physiques hors norme. Quand d’autres vomissent avant un combat, lui danse et donne l’impression d’aller s’amuser en toute décontraction», commente Giuseppe Fincati. Fred est surnommé Jon-Jones du nom de cet américain, plus jeune champion en poids mi-lourd de l’UFC (organisation qui gère le championnat US).

Avant de découvrir le MMA, Fred Borter Sylla a pratiqué tous les sports, le basket, le hand, le foot, le tennis. En éprouvant à chaque fois de la frustration. «Il me manquait le dépassement de soi, l’effort intense qui te met à bout de souffle et de muscle. Et puis aussi l’esprit d’équipe. Le MMA est un sport individuel mais il se pratique collectivement, on est une bande, on se voit dehors, on est solidaire, des potes» raconte-t-il.

Frédéric dont le parcours scolaire ne fut pas des plus sereins a décroché son CFC en électricité. Il installe en ce moment de la fibre optique. Mais en tête, il a ce rendez-vous quasi quotidien au dojo de Cointrin, cinq entraînements de deux heures par semaine qui éreintent, coupent le souffle, laminent, l’envoient se coucher à 21h. Frédéric a appris à aimer cette fatigue qui le recadre, l’éloigne des chemins de traverse.

Il n’a rien d’un «caillera», il serait plutôt un garçon «de bonne famille», mais se dépeint comme un dilettante auquel il faut rappeler que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre. Le MMA lui a rappelé cette règle de vie assez basique. Sa mère se félicite que ce sport ait contribué à le cadrer. Elle a assisté au premier combat de son fils et n’a jamais réitéré l’expérience. «Un type était en train de lui briser la jambe, c’était insupportable, j’ai crié qu’il cesse de lui faire du mal», se souvient-elle.

Le MMA a ceci de très spécial qu’il se pratique dans un octogone grillagé. Impression d’assister à un jeu du cirque avec mise à mort, à un combat de gladiateurs achevé dans le sang. Giuseppe Fincati explique: «Le grillage fait partie du show et est une démarche marketing, ce fut la volonté des Américains qui ont inventé ce sport au début des années nonante, mais la cage est avant tout un élément de sécurité supplémentaire qui protège les combattants, ils luttent au sol et risquent donc la chute.»

Intentions belliqueuses

Fred a vu beaucoup de jeunes affluer au dojo de Cointrin dont les intentions belliqueuses étaient évidentes. Apprendre à se battre pour en découdre dehors. Lui n’a jamais donné du poing car il émane de sa haute personne une grande douceur, tout comme son célèbre coach Tico. Ceux qui prennent des leçons pour se battre ailleurs que dans l’octogone sont repérés et aussitôt exclus.

«Un jour une directrice d’école est venue me voir pour que je m’occupe d’un élève qui terrorisait les professeurs. J’ai accepté et en trois mois il est devenu méconnaissable, il était doux comme un agneau et se montrait sociable», relate Giuseppe Fincati. Fred voit son avenir en pro, où se brassent des sommes colossales aux Etats-Unis. La Suisse n’en est pas là même si le succès retentissant du Fribourgeois Volkan Oezdemir pourrait faire bouger les lignes. Le 4 février dernier, celui-ci s’est imposé à Houston face à Ovince St-Preux, un Haïtien de 34 ans numéro six mondial chez les mi-lourds.


Profil

1994 naissance à Genève

2010 voyage en Thaïlande, initiation à la boxe thaïe

2014 premier combat en MMA

2017 se rêve en professionnel de MMA