P ercluse de dettes et éclaboussée par les affaires, la Ligue suisse de hockey sur glace (LSHG) n'en a pas moins trouvé un président de solide renommée, en charge de rétablir l'honorabilité de l'institution. Freddy Egli sera officiellement intronisé ce matin. Il succède à Werner Kohler, le patriarche à la bonhomie assumée, dont les gens ont déjà oublié la grande habileté manœuvrière pour ne garder en mémoire que les pots-de-vin indécents.

Après avoir confisqué le pouvoir de décision à ses administrés, l'hôtelier grison avait mis au point, avec la complicité de Domink Senn, un véritable système d'enrichissement personnel, dont les mécanismes attestent d'une démarche étudiée et résolue. Plusieurs partenaires commerciaux de la LSHG frémissent encore, aujourd'hui, des discussions houleuses et discourtoises entretenues avec Kohler au sujet de commissions indues. Telle est la tâche, scabreuse, qui attend Freddy Egli: rétablir les rapports de confiance. Plus complexe encore: renflouer la trésorerie de la LSHG, laquelle, dans les dix prochains mois, devra rembourser 2,1 millions de francs à la fédération internationale et s'acquitter d'une facture de 2,5 millions auprès du groupe IMG, sous réserve d'un improbable accord à l'amiable.

Pour mener à terme cette monstrueuse entreprise, le choix de Freddy Egli est d'autant plus logique… qu'il n'y avait aucune alternative valable. L'homme est bien connu du landerneau. Sous sa férule autoritaire, l'EV Zoug a vécu ses heures de gloire, notamment la conquête d'un titre de champion suisse en 1998 – le seul dans l'histoire du club. Pour concurrencer la stratégie onéreuse de Berne ou de Lugano, Freddy Egli n'a jamais été avare de ses largesses. Il a abondamment puisé dans sa fortune personnelle, mais aussi sollicité ses relations professionnelles, tout en mettant sa fermeté au service d'un club où, par tradition, rien n'est jamais simple.

A 61 ans, Freddy Egli vient de quitter l'entreprise d'import-export dans laquelle il assumait de hautes fonctions. Lasse d'inertie, il aspire à des tâches essentielles. Ne lui reste qu'à acquérir une profonde connaissance des dossiers, le lourd héritage de son successeur. Mais le hockey lui manque. Et son allocution «électorale», en juin dernier, devant les représentants des clubs de ligue nationale fut, semble-t-il, un triomphe.

Avec Freddy Egli, le hockey suisse obtient dans tous les cas l'assurance de pouvoir communiquer avec le monde extérieur, par opposition à Werner Kohler et son souverain mépris des langues étrangères – fut-ce le «Hochdeutsch». Le Zougois parle un anglais limpide, un français impeccable et un espagnol rudimentaire, assimilé récemment lors d'un long voyage en Amérique du Sud. Sa farouche opiniâtreté pourrait heurter un milieu convenu et timoré. Son caractère impulsif, également, présage quelques sévères altercations avec Franz A. Zölch, le président de la Ligue nationale…